Tamgho puni mais pas trop

Tamgho, pas d'excuse
0 bleu 0 coma
il n'y a pas mort d'homme !
La Fédération Française d'Athlétisme (FFA) a encore fait preuve de mansuétude à l'égard d'un possible médaillé, malgré les violences dont s'est rendu coupable cet athlète  sur une jeune femme. Les faits sont suffisamment grave (lire Tamgho: un récit accablant) pour que la FFA ait pris une sanction, une "fausse sanction", selon l'Equipe du 31/12/2011).
Mais l'athlète possède une réelle chance de médaille aux Jeux olympiques de Londres.
Il fallait donc le sanctionner de manière à ne pas le punir de Jeux.
Il fallait lui signifier le caractère inacceptable de ses actes, tout en le ménageant.

Comme pour les lanceurs de marteau, dans l'affaire d'agression sexuelle de 1991 (voir "un procès fondateur" publié dans Sport et virilisme), la FFA prend une décision qui protège les agresseurs et marque ainsi, de fait, son mépris à l'égard des victimes. A l'époque, elle avait joué la montre attendant les différents procès avant de se prononcer pour une sanction... rétroactive.

Là, elle anticipe la justice pour proposer une sanction qui n'a pas d'incidence sur la préparation de Tamgho ni sur sa participation aux Jeux.

Bref, la FFA fait son job. Elle travaille à favoriser l'obtention de médailles, pas à défendre des valeurs, parmi lesquelles pourrait figurer le respect d'autrui, et la condamnation des violences, notamment sexistes, pour lesquelles, d'ailleurs, elle a signé une charte promouvant  "une attitude de respect des personnes et de rejet des différentes formes de maltraitances sexuelles, sexistes ou homophobes".

Il est vrai que cette charte avait été rédigée par un groupe de travail impulsé par Roselyne Bachelot, à propos de valeurs sur lesquelles on attend encore que se prononce le nouveau ministre David Douillet...! ministre qui ne s'est pas non plus prononcé sur l'affaire Tamgho. Sans doute saura-t-il le protéger en lui attribuant une "erreur de jeunesse" et des "violences de vestiaire" qui n'auraient pas dû en sortir pour être commentées sur la place publique (je fais ici allusion à la manière dont David Douillet s'est dédouané de ses propres propos sexistes et homophobes dénoncés par le Canard enchaîné en 2009, en ces termes:"C'était une discussion de vestiaire, j'avais 20 ans")

Aujourd'hui, donc, Tamgho se prépare pour les Jeux. Sur sa page facebook officielle, il se présente en victime de la presse, et pavane devant des fans qui l'adulent. Sans jamais avoir présenté ne serait-ce que des excuses, il a par ailleurs diffusé un rap dans lequel il annone une "réponse".



Dans celle-ci, sans jamais nier les faits qui lui sont reprochés ("il s'est passé ce qu'il s'est passé"), il les légitime ainsi (extraits) "Zéro bleu, zéro coma", "ya pas mort d'homme" "j'ai tué personne, j'suis pas un assassin, il s'est passé une petite histoire" (dont on trouve un compte rendu ici qui fait froid dans le dos)
Et où il dit ça aussi: "j'ai craqué, c'est vrai, mais c'est comme ça! J'suis désolé pour mes fans parce qu'ils sont mêlés à cette histoire". Pauvres fans en effet...

En apprenant la décision de la FFA comme en écoutant le rap de Tamgho, ça n'est pas à une médaille que je pense, ça n'est pas aux fans, ça n'est pas à la Marseillaise.
Je pense à la jeune femme qui a été violemment battue par un homme, à une jeune femme dont la souffrance a été niée pour protéger cet homme et lui permettre de réaliser ses ambitions, comme, naguère, les lanceurs de marteau avaient pu participer aux championnats du monde alors que leurs victimes avaient arrêté le sport.

Que cet homme s'appelle Tamgho et qu'il triplesaute n'excuse rien. La réponse qu'il apporte atteste qu'il n'a aucune conscience de la gravité des actes qu'il a commis.
En le suspendant comme elle l'a fait, la FFA le renforce dans sa conviction: "zéro bleu, zéro coma"... on va quand même pas s'arrêter à ça.


un article sur Rue89: L'énigme Tamgho, athlète surdoué accusé d'avoir battu une femme

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