mardi 6 novembre 2012

Lindsay Vonn on ne mélange pas une femme avec des hommes

Le sport est une machine à produire réglementairement de la ségrégation...
C'est ce que rappelle l'affaire Lindsay Vonn, privée de pouvoir participer à une compétition sportive avec des hommes. Elle ne pourra donc pas se mesure aux étalons des pistes qui incarnent l'excellence sportive à partir de laquelle se déclinent les fragilités. Que voulez-vous, c'est la loi du sport dirait avec ironie Daniel Denis (auteur du désormais collector Aux chiottes l'arbitre, 1978)...



Ce qu'a rappelé la Fédération Internationale de Ski, c'est que le sport fédéral n'est pas fait pour jouer ensemble: les femmes avec les femmes, les invalides d'un côté les valides de l'autre, les jeunes sans les vieux, les gros dans leur catégorie... C'est ce que j'appelle l'économie sportive de la différence corporelle: cloisonnement, classification et ségrégation réglementaires avec interdiction de sortir des cases ou alors, à quel prix (cf. Oscar Pistorius et Caster Semenya)



Bref, à l'heure où des désirs voient le jour de changer de catégorie ou bien de jouer dans plusieurs catégories (Oscar Pistorius aux Jeux olympiques et aux Paralympiques; des sportives lesbiennes aux Gay Games et dans les championnats nationaux), les fédérations sportives rappellent le cloisonnement – nécessaire pour elles – sur lequel repose tout l'édifice sportif.
Pourtant, d'autres manières de jouer émergent. D'autres envies de s'affronter se dessinent.
Le "jouer ensemble" suppose d'autres logiques que le "jouer contre".
Comme le note Rosarita Cuccoli, l'égalité des sexes est un sport pour tous...


samedi 29 septembre 2012

Zimmerhof 2012, Bijoux et Modifications corporelles... Vie privée vie publique

Zimmerhof est un événement consacré à la création contemporaine de bijoux qui se déroule depuis 44 ans à Bad-Rappenau dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne. Là, du 7 au 12 juin 2012, s'est tenue la conférence pilotée par l'association française La Garantie, association pour le bijou.
Sous l'impulsion d'Emmanuel Lacoste, Benjamin Lignel et Brune Boyer la thématique de ce Schmucksymposium retenue cette année était consacrée aux vies privées et publiques du Bijou. Le prétexte qui a été fourni aux intervenants et aux créateurs de bijoux invités est disponible ici, sur la Manufacture, forum du bijou contemporain. Le programme de l'événement ici.

Sur la vie des bijoux (vie privée, vie intime, vie publique), la thématique des modifications corporelles – notamment l'usage des piercings et des implants (transdermiques ou sous-cutanés) – était bien évidemment d'actualité. C'est donc sur l'invitation d'Emmanuel Lacoste que j'ai monté la conférence intitulée "On body modifications: social stigmas or mutation of the ordinary?", conférence qui m'a permis de prolonger et d'approfondir les réflexions menée grâce à Monique Manoha à Nîmes dans le cadre de la biennale du bijou contemporain au début des années 2000.


Benjamin Lignel fait un beau compte rendu de l'ensemble de l'événement sur le Art Jewelry Forum. Certes, c'est en anglais mais l'enthousiasme de Ben qui a dynamisé l'événement en tant qu'animateur se retrouve bien là.

Alexandre Bardin et Emmanuel Lacoste
Share, Performance de Manuel Lacoste
Share, Performance de Manuel Lacoste, une des piqueuses




Pascale Gallien sur la collection


samedi 1 septembre 2012

ECRIT1 CAPEPS Education du corps à l'école

Préparation Ecrit 1 du CAPEPS et de l'agrégation d'EPS:

Cécile Ottogalli-Mazzacavallo et Philippe Liotard,
L'Education du corps à l'école. Mouvements, normes et pédagogies. 1881-2011
éditions AFRAPS, 2012

(première édition juillet 2012, épuisée
seconde édition, octobre 2012, troisième édition juin 2013)

pour obtenir l'intitulé du sujet d'Ecrit1 du CAPEPS 2013, cliquez ici


En tant que co-directeur de l'ouvrage, j'ai le plaisir de vous signaler la parution de L'Education du corps à l'école. Mouvements, normes et pédagogies. 1881-2011 aux éditions AFRAPS, sous la co-direction de Cécile Ottogalli-Mazzacavallo et Philippe Liotard.


Dédié à Pierre Arnaud, un des pionniers de l'histoire de l'EPS à l'école, ce livre est le premier totalement structuré à partir du programme officiel d'écrit1 du CAPEPS. Ainsi destiné à la préparation de la première épreuve écrite des concours de recrutement des enseignant-e-s d'EPS, il est composé de 18 articles produits par des membres du Centre de Recherche et d'Innovation sur le Sport (CRIS) de l'Université Claude Bernard, Lyon1, d'une introduction générale et d'une bibliographie de plus de 1000 références.
Ce livre de préparation à l'écrit 1 du CAPEPS propose donc des contributions originales pour traiter les 4 thématiques au programme officiel du CAPEPS. En termes de précision des sources et de rigueur du propos, il se situe dans la lignée des précédents manuels de préparation au CAPEPS de l'AFRAPS (voir l'avant-propos ci-dessous). Il peut tout aussi bien convenir à la préparation à l'agrégation d'EPS (interne et externe) en raison du caractère inédit des nombreux articles.
D'une certaine manière, tout ce qu'il faut savoir pour réaliser un devoir de bon niveau se trouve dans ce livre. Article après article les références de bases comme les données incontournables sont discutées et présentées selon des problématiques diverses, ce qui permet la maîtrise de ces références plutôt que leur mémorisation.
La préparation à l'écrit1 du CAPEPS trouve ainsi un livre original dont les nombreuses sources contribuent à renforcer la compréhension de l'histoire de l'EPS, tout en la situant dans l'histoire des pratiques culturelles, depuis les gymnastiques, jusqu'aux activités physiques, sportives et artistiques.

Il est en vente auprès de l'AFRAPS, il peut aussi être commandé dans toute bonne librairie.

SOMMAIRE

Introduction Philippe LIOTARD et Cécile OTTOGALLI-MAZZACAVALLO: Les permanences et les changements de l’éducation physique dans le système éducatif français.

PARTIE 1 : LES ENSEIGNANTS ET LES ELEVES EN EDUCATION PHYSIQUE
• Tony FROISSART : La relation enseignant/élèves en EPS : processus éducatif subi ou
agi ? Fin XIXème siècle à nos jours.

• Elisabeth LE-GERMAIN : La formation des enseignants d’EPS depuis la fin du XIXème
siècle : entre logique économique et universitarisation des savoirs.

• Loïc SZERDAHELYI : Les enseignant-e-s d’éducation physique, éléments pour une
histoire sociale et sexuée depuis la fin du XIXème siècle.

• Doriane GOMET : Les pratiques des enseignants d’éducation physique (1920-1980). Une
facette peu connue de l’histoire de l’EPS.

PARTIE 2 : EDUCATION DES CORPS ET FORMATION DU CITOYEN EN EDUCATION PHYSIQUE

• Cécile OTTOGALLI-MAZZACAVALLO et Philippe LIOTARD : L’apprentissage du genre en
éducation physique. Devenir homme ou femme par l’exercice.

• Pascal CHARROIN : Citoyenneté et démocratie en éducation physique de 1880 à nos
jours.

• Pierre-Olaf SCHUT : Les finalités de l’éducation physique : l’expression du pouvoir
politique pour former le citoyen de demain. Analyse de trois textes officiels : 1891, 1938 et 1967.

PARTIE 3 : VALEUR PHYSIQUE, SANTE ET PERFORMANCE EN EDUCATION PHYSIQUE

• Francis CHARPIER : L’éducation physique contre la dégénérescence de la race (1869-
1919)

• Philippe LIOTARD : Faiblesses, fragilités et valeur du corps dans l’éducation physique
française de la première moitié du XXème siècle.

• Laurent GRÜN : Méthodes, fonctions et enjeux de l’évaluation en éducation physique
de 1880 à nos jours.

PARTIE 4 : PLACE ET STATUT DES ACTIVITES PHYSIQUES EN EDUCATION PHYSIQUE
• Philippe LIOTARD : Propos épistémologiques sur l’éducation physique : un débat, des
vérités.

• Anne ROGER et Pierre BAVAZANNO : Des activités athlétiques à l’école entre santé et
performance.

• Haimo GROENEN et Cécile OTTOGALLI-MAZZACAVALLO : Les activités de combat à
l’école depuis la fin du XIXème siècle : l’affrontement corporel entre pertinences éducatives et résistances scolaires.

• Tony FROISSART : Les gymnastiques au carrefour de l’éducation des corps et d’une éducation citoyenne : épistémologie d’une discipline scolaire de 1869 à nos jours.

• Emmanuel AUVRAY : Apprendre en EP à nager pour se sauver : une finalité minimale
et permanente entre natation disciplinaire et natation loisir 1880-2010.

• Laurent GRÜN : L’enseignement scolaire du football : un développement contrarié. 1890 à nos jours.

• Elisabeth LE-GERMAIN : La danse en EPS depuis la fin du XIXème siècle : entre école et culture.

• Doriane GOMET : Badminton et tennis, deux sports de raquette aux trajectoires singulières en EPS (1870- 2000) 


AVANT-PROPOS (extrait)
"Toutes les contributions de cet ouvrage sont produites par des chercheurs ou des chercheuses qui sont ou ont été institutionnellement rattaché-e-s au Laboratoire d’Histoire et de Socio-anthropologie du Sport (LH2S) du Centre de Recherche et d’Innovation sur le Sport (CRIS) de l’Université Lyon1, comme doctorant-e, docteur, chercheur ou chercheuse titulaire ou associé-e. Il s’inscrit dans une dynamique de quatre projets éditoriaux visant à rendre compte des analyses socio-historiques du L.H.2.S. (celui-ci sur l’éducation physique, les autres sur le football, l’entraînement et le corps). Il offre ainsi l’occasion d’une prise de parole par des chercheur-se-s sur un objet commun (l’éducation
physique scolaire) à partir des compétences acquises dans le métier d’enseignant et/ou de
chercheur.
La structuration du présent ouvrage est dictée par les quatre items du programme officiel du CAPEPS. Il se destine prioritairement aux étudiant-e-s ainsi qu’aux formateurs et formatrices engagé-e-s dans la préparation aux concours de recrutement de l’enseignement de l’éducation physique (CAPEPS et agrégation). Les textes sont parfois le résultat d’une synthèse de travaux existants, parfois ils constituent des apports totalement novateurs dans l’historiographie de l’éducation physique.
Au carrefour des exigences de la formation (sur le plan de la structuration des articles et de leur mise en forme) et de la recherche (sur le plan de la rigueur de la démonstration, du travail sur les sources historiques et de la nouveauté des apports), nous avons fait le choix de limiter au maximum les notes de bas de page en renvoyant chaque référence à une bibliographie générale située en fin d’ouvrage. Celle-ci, patiemment organisée et structurée par Raphaël Verchère (docteur en philosophie et ATER au CRIS en 2011-2012 et 2012-2013) est composée de plus de 1000 références et offre une vision de la production du champ, en histoire de l'EP, en histoire de l'éducation et en histoire du sport.
La bibliographie est présentée en trois temps. D’abord, elle distingue les sources constituées par les archives dites de première main. Ce sont celles à partir desquelles sont produits les travaux historiques de cet ouvrage et des travaux en histoire de l’éducation physique scolaire et du sport. La bibliographie proprement dite renvoie ainsi à la fois aux ouvrages de contextualisation hors du champ propre au sport et à l’éducation physique, et aux ouvrages postérieurs à 1980, c’est-à-dire aux ouvrages produits au moment où la recherche s’instituait en STAPS et où des chercheur-se-s d’autres disciplines
commençaient à faire du sport ou de l’EP un objet d’étude.
Au final, les dix-huit articles précédés d’une introduction générale et suivie d’une conséquente bibliographie garantissent un souci d’originalité et de rigueur dans la compréhension des mutations de l’éducation physique à l’école. Les éléments apportés dépassent largement les intitulés du concours. Ils sont des jalons d’une histoire qui s’inscrit dans une tradition défendue par l’AFRAPS, depuis le premier manuel de préparation à l’écrit 1 du CAPEPS en 19891. Cette tradition a également été impulsée par l’un des fondateurs du CRIS, Pierre Arnaud, sans qui ce que nous proposons aujourd’hui n’aurait pas été possible. En effet, non seulement a-t-il institué l’histoire de l’éducation physique comme objet de recherche légitime, mais encore il a dirigé la thèse des trois directeurs qui
lui ont succédé à la tête du laboratoire d’histoire du CRIS, Thierry Terret, actuel directeur du CRIS et vice-président du CAPEPS (qui, de fait s’est interdit toute participation à ce manuel), Jean Saint-Martin, directeur du laboratoire d’histoire du CRIS de 2007 à 2010, et Philippe Liotard, actuellement directeur d’une équipe qui, pour une large part, apporte ses contributions au présent manuel.
Le laboratoire d’histoire du CRIS s’inscrit également dans une tradition liée à l’histoire des pratiques sportives. Du football au rugby en passant par la natation, le judo ou l’athlétisme et les sports de montagne, de nombreuses thèses novatrices ont été soutenues. Pour une bonne part d’entre elles, elles ont été produites par des enseignant-e-s agrégé-e-s d’EPS qui possèdent donc une double culture, professionnelle et universitaire. Cette tradition et ce double parcours (concours et thèse) donnent une connotation originale à la quatrième partie de l’ouvrage consacrée à une réflexion épistémologique sur la place et le statut des activités physiques en EPS.
Une autre tradition du CRIS se lit dans la sensibilité de ce manuel à s’inspirer des théories du genre. Effectivement, rappelons que dans le champ de l’histoire, Pierre Arnaud (éclairé sans doute par les travaux novateurs de Françoise Labridy et Catherine Louveau en sociologie) fût l’un des premiers à investir ce sujet lorsqu’en 1987 dans Les Athlètes de la République il analyse les sociabilités masculines du monde sportif et qu’il invite Jacques Thibault à écrire un premier article sur « Les origines du sport féminin » et Françoise Labridy sur les « Imaginaires féminins et (les) pratiques sportives »2. Sous sa direction, les jeunes Thierry Terret et Philippe Liotard, alors en thèse, questionnent pour l’un la place des femmes dans les activités de natation (Terret, 1992) et pour l’autre l’influence des représentations du corps des femmes dans les conceptions de l’éducation physique féminine (Liotard, 1995). S’ensuivront l’organisation de deux colloques, la publication de deux séries d’ouvrages (Arnaud et Terret, 1996 deux tomes ; Terret et al., 2005 quatre tomes), l’encadrement de plusieurs thèses exclusivement consacrées à la question des rapports sociaux de sexe dans les pratiques physiques et sportives4 et l’obtention d’un financement par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) en 2009 pour une recherche en partenariat avec l’Université de Rennes 2 sur Pratiques Sportives, Genre et Vulnérabilités. Certains des articles du manuel s’inscrivent dans cet héritage..." (à suivre)



vendredi 11 mai 2012

Jeunesse et sexualité Agora n°60

Un compte-rendu du numéro 60 de la revue Agora, éditée par l'Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire (INJEP) publié sur le site du centre pour l'édition électronique ouverte, revue.org, consacré aux notes de lectures.

Pour accéder au compte-rendu, cliquer ici

Pour commander le numéro, vous pouvez le faire directement sur le site de l'INJEP à la page "jeunesse et sexualité, expériences, espaces, représentations"

Compte-rendu réalisé sans aucun intérêt financier, symbolique ou institutionnel ;-)

vendredi 20 avril 2012

Adolescente violée: de Montpellier à l'Afrique du Sud

Demain, samedi 21 avril 2012, une marche blanche est organisée pour Léa, à Montpellier, afin que son violeur et meurtrier présumé (Léa a été tuée à 17 ans, durant la nuit du réveillon du 1er janvier 2011) soit "logiquement" jugé et que les déclarations qu'il a faites durant sa garde à vue ne soient pas annulées, en raison de la dimension rétroactive de la réforme sur la garde à vue. (Je vous invite à consulter la page facebook pour le détail et les enjeux de l'affaire).
Je me rendrai à cette marche, d'abord pour soutenir ses parents, sa famille et ses ami-e-s. Mais j'irai aussi car ce qui se joue pour le procès du principal suspect (qui a avoué le viol, le meurtre et donné des détails très précis aux enquêteurs avant de déclarer aujourd'hui ne se souvenir de rien) pose comme question centrale la justesse de l'instruction et la justice rendue par la condamnation.
Certes, je ne suis pas juriste. L'avocat de la défense, pour sa part, joue sur des éléments de procédure pour faire annuler les éléments obtenus en garde à vue. Il fait son boulot d'avocat. Néanmoins, je serai aussi à la marche parce que ce qui est arrivé à Léa et surtout la stratégie mise en oeuvre par la défense correspondent à une vision du monde dans laquelle les violences faites aux femmes tendent encore à être niées.
Or, un procès dans lequel les faits sont jugés sans être atténués par une argumentation tendant à rejeter "la faute" sur la victime (elle était en jupe, ou elle l'avait embrassé ou ils avaient dansé ensemble, ou, etc.), y compris du côté de la défense, serait un procès progressiste. Un avocat qui chercherait à défendre un client violeur en cherchant à atténuer la peine encourue à partir de son client (il avait bu, il n'a pas compris, il était solitaire, c'était un enfant violé lui-même, etc.) au lieu de "charger" la victime serait déjà un avocat qui ferait preuve d'une posture éthique et respectueuse.
Mais ça n'est pas seulement pour cela que j'irai à la marche.
C'est aussi parce que je me retrouve démuni face à cette culture masculine de la violence qui fait du viol un moyen "légitime" d'obtenir du plaisir par l'utilisation forcée du corps d'autrui.
Certes, tous les hommes ne sont pas des violeurs. Mais le fait même de concevoir la possibilité de "prendre" l'autre de force s'inscrit dans un imaginaire masculin dans lequel la violence et le rapport de force peuvent contribuer à l'affirmation de soi "en tant que mec" (D'ailleurs, dans sa garde à vue, le meurtrier présumé à dit avoir connu un problème d'érection qui l'aurait mis en colère... et l'expert psychologue qui l'a entendu a noté un "problème de virilité", selon le Midi-Libre du 31/03/2011).

Au moment où je m'apprêtais à écrire ce message à propos de Léa, je suis tombé sur l'information relayée par Le monde: Le viol d'une adolescente scandalise l'Afrique du Sud. La lecture de l'article – qui rapporte une histoire sordide de rapt, séquestration et viol en réunion d'une jeune fille de 17 ans également par des hommes de 14 (!) à 20 ans – pose à son tour la question de la justice et la difficulté à faire appliquer le droit en Afrique du Sud où la culture de la violence dépasse notre entendement (j'entends pas "culture de la violence" l'acceptation voire la valorisation de la violence comme un moyen nécessaire à l'obtention d'un certain nombre de biens, parmi lesquels se comptent les femmes, à la résolution des conflits ou aux interactions entre individus. Cette culture fait de la violence physique un élément normal de la relation à autrui qui oriente les manière d'agir. Voir l'article de Charlene Smith dans le Monde diplomatique: "La jeunesse sud-africaine face aux violences sexuelles" qui pose une question majeure en tête d'article: "Par quels détours de l'imagination des adolescents confrontés à la ravageuse épidémie de sida parviennent-ils à se convaincre qu'un rapport sexuel imposé est “normal”?").
La culture de la violence, s'apprend donc, ce qui explique la jeunesse de nombreux violeurs, tout comme elle s'exerce également sur de jeunes victimes (la majorité des viols ont lieu sur des jeunes de 12 à 17 ans selon l'article du Monde).
Les "viols correctifs" qui sont exercés collectivement sur les lesbiennes afin de "les redresser" participent également de cette culture, dans la mesure où toute culture véhicule des normes. Violer des lesbiennes pour "les ramener dans le droit chemin" s'inscrit dans cette culture masculine guidée par l'hétérosexisme, et selon laquelle les femmes sont "faites" pour se marier, avoir des enfants... et satisfaire... les hommes.
(voir Afrique du Sud, une victime de viol correctif témoigne et le reportage, "Des lesbiennes violées pour leur faire aimer les hommes" issus de Tétu, et un extrait du documentaire diffusé sur Arte, "Quand le viol est correctif")

Dans les deux cas, celui du viol et du meurtre de Léa, comme dans cette histoire de la jeune fille de Soweto, le viol indique comment s'affirme la virilité.
Lorsque des hommes kidnappent une adolescente pour la violer, c'est parce qu'ils ne la considèrent pas comme leur égale ni comme une personne mais comme un bien qu'il peuvent s'octroyer. Lorsque des hommes violent des lesbiennes "pour leur faire aimer les hommes", c'est parce qu'il leur est insupportable de ne pas exister pour des femmes, en tant qu'hommes. Lorsqu'un homme est à ce point blessé par une absence d'érection qu'il en vient à frapper sa partenaire parce qu'il imagine qu'elle je le juge, c'est parce qu'il ne supporte pas de ne pas se sentir homme.
Bref, malgré la distance (géographique et culturelle) entre Montpellier et l'Afrique du Sud, ce qui marque, c'est le fait que ces violences sont non seulement pensables mais possibles et que, tout en étant proscrites, tant en France qu'en Afrique du Sud, la justice de ces pays peine à les traiter à la hauteur de leur gravité.

Epilogue: Le 21/11/2014, Gérald Saureau a été condamné à la perpétuité avec une peine incompressible de 20 ans.

Pétition en ligne pour que le procès du violeur et meurtrier présumé de Léa soit jugé, à ce jour plus de 11000 signatures

Pétition en ligne contre le "viol correctif" en Afrique du sud. à ce jour près de 950 000 signatures

lundi 16 avril 2012

Les enfants dyspraxiques et les compétences du futur

Ce billet comporte juste un lien vers un article consacré aux adaptations proposées pour permettre aux enfants "dys" (notamment ceux qui sont touchés par une dyspraxie) de s'adapter en milieu scolaire ordinaire. J'y ai été interviewé avec Jean-Marc Roosz, président de l'association Ecole2demain.

L'idée générale consiste à mettre en évidence que ces enfants – quasiment inéluctablement condamnés à l'échec sans adaptation spécifique – développent des compétences qui sont celles qui seront demandées à tous les autres... demain.

L'usage du numérique fait d'eux des enfants capables de s'adapter à de nouvelles formes de travail, alors que l'institution scolaire peine à s'approprier tant le numérique que ses perspectives pédagogiques et créatrices...
A lire sur ActualiticeLes enfants « dyspraxiques », poissons-pilotes du numérique ?

jeudi 8 mars 2012

Tatouages piercings et Discriminations liées à l'apparence

Sur anthropo-body.com, la mise à disposition d'un texte qui vient de sortir et que j'avais rédigé à l'occasion du colloque de Lille (2009) sur les discriminations liées à l'apparence.
Ron Athey, Lukas Zpira, ou encore Gwendoline (ci-contre), entre autres, servent de trame à mon analyse...
Le texte intégral est disponible en version pdf:
"Apparences concrètes et discriminations discrètes"

Sport et journée internationale des femmes

Un tweet de Clément Poitrenaud, international de rugby, montre sa perception de la journée internationale pour les droits des femmes... perception que son ministre, David Douillet, va sans doute s'empresser de critiquer dès ce jour ;-)

lundi 23 janvier 2012

Restitution de 16 têtes maoris à la Nouvelle Zélande

Collection de têtes maories - 1908
La France doit restituer 16 crânes de Maoris conservés à Paris au Muséum national d'histoire naturelle.
Ces crânes étaient objet de commerce et de trafic dès la fin du XVIIIè siècle et tout au long du XIXè siècle en raison des tatouages que portaient les Maoris sur le visage.
La cérémonie de remise des crânes a lieu au Musée du quai Branly (Paris) le 23 janvier 2012, qui vient de consacrer une exposition à la culture maorie: Maori. Leurs trésors ont une âme.

La conservation de ces crânes – collectés à une époque où les "sauvages" n'étaient pas considérés  comme des êtres humains et où l'on pouvait alors monnayer leur corps – a permis un certain nombre de recherches scientifiques. Tout d'abord, elle a contribué à l'élaboration d'une économie du regard dans laquelle le corps de l'autre (le "primitif", le "sauvage") participait à la construction de l'identité occidentale: l'exposition des Indigènes des colonies dans des "zoos humains" alimentait l'imaginaire colonial et la croyance en une hiérarchie raciale (voir "le corps de l'autre" de Nicolas Bancel et Olivier Sirost, dans Bancel, Blanchard et Boetsch, Les Zoos humains, Paris, La Découverte, 2004).
Plus récemment, ces crânes ont été l'objet d'un certain nombre de travaux (notamment à partir de leur ADN) qui a permis de comprendre que certains ont été scarifiés après leur mort, pour leur accorder une valeur marchande supplémentaire (voir Quels sciences pour les restes humains? d'Hervé Morin).

Mais la conservation elle-même a engendré un débat politique sur l'usage et la propriété des cadavres et des restes humains. Les Indigènes et Autochtones de tous les territoires ont fait valoir leurs droits à récupérer les vestiges de leurs ancêtres et à les faire sortir des placards des Musées occidentaux.
Le débat oscille désormais entre la conservation d'éléments humains permettant de contribuer à une histoire de l'Humanité et leur destruction au nom du respect des rites funéraires des sociétés dont ils sont issus.

samedi 21 janvier 2012

Alexandra Lacrabère vit avec une femme... et alors?

Alexandra Lacrabère, joueuse de l'équipe de France de hand-ball est homosexuelle.
Une information qui n'en est pas vraiment une et qui, pourtant, a son importance.

Voir l'interview donnée à ce propos sur Yagg le 21 janvier 2012