Pour en finir avec les avantages faits aux handicapés dans le sport comme ailleurs

Markus Rehm, plus haut, plus loin plus fort... trop loin?

Offrir des compensations, permettre des adaptations, relève d'une valeur profondément humaine, la solidarité. Toutes les sociétés ont construit et construisent des solidarités grâce auxquelles les plus faibles d'un groupe peuvent survivre, les plus vulnérables sont pris en charge par le groupe d'une manière ou d'une autre. Associée au principe d'égalité (qui n'est pas un principe premier dans toutes les sociétés) la solidarité nécessite la mise en place de dispositifs d'aide, d'accompagnement, d'assistance, d'adaptation permettant à toutes les personnes concernées d'accéder à l'éducation, au loisir, à l'emploi, au logement... bref, à une vie digne et sans discriminations.
Et pourtant...
Et pourtant d'autres valeurs viennent mettre en tension ces principes d'égalité et de solidarité: la performance, la concurence, la compétition (dès lors que ces pratiques sont érigées en valeurs).

Dans ce cadre là, les personnes handicapées agacent pour les avantages dont elles bénéficient.

Par exemple: les personnes à mobilité réduite ont à leur disposition des places de stationnement aux endroits les plus prisés des automobilistes en quête de place. Ces places bleues – vides le plus souvent alors qu'il est "impossible de se garer" — agacent certaines personnes non encore handicapées qui doivent se garer loin et marcher (puisqu'elles le peuvent) pour se rendre là où une personne handicapée peut stationner son véhicule sans le moindre délai (sauf quand parfois une personne non encore handicapée a pris la place parce qu'elle "en avait juste pour cinq minutes"). Le rapport au temps vient donc ternir cette solidarité sociale (marquée par la loi et le code de la route) qui, si elle n'était pas réglementée, serait mise à mal par les égoïsmes individuels ordinaires.

Anecdote: un jour que je faisais remarquer à une personne s'étant garée avec son fils sur une telle place pour aller au cinéma qu'elle avait dû se garer là par erreur, elle me répond très agressivement qu'elle "travaillait" avec des handicapés, ce qui, en conséquence et selon le principe de solidarité, lui permettait à son tour d'utiliser ce type d'adaptation. CQFD

Mais il est d'autres espaces où les adaptations proposées aux personnes handicapées posent problème: tous ceux où la compétition inter-individuelle règne.
Bien sûr, le monde de l'entreprise. Les emplois dits "protégés" dans un espace concurrentiel ne vont pas sans générer ressentiment, jalousie, envie...
Le monde scolaire également où, selon le type de handicap, les adaptations sont plus ou moins acceptées. Si personne ne voit à redire à ce que des rampes d'accès ou des ascenseurs soient créés pour permettre à tout élève en fauteuil d'accéder aux étages, l'usage des ordinateurs pour les élèves possédant des troubles des apprentissages ne va, par exemple, pas sans poser de problèmes.

Anecdote: Contrôle commun en classe de première. Une élève scolarisée avec un ordinateur (compensation indispensable compte tenu de son handicap) doit justifier son usage auprès de l'enseignant surveillant l'épreuve (un professeur d'éducation physique). Celui-ci, plusieurs fois au cours de l'épreuve vient parler à cet élève (et à cet élève seulement) en lui faisant des remarques sur la justice (du style "C'est ça la justice"). La justice, pour cet enseignant serait-elle que les élèves paraplégiques rampent jusqu'à leurs salles (pour les tétraplégiques l'affaire se corse), que les élèves non-voyants découvrent le sujet d'examen "comme les autres" dactylographié sur une feuille qu'ils ne peuvent pas lire? L'adaptation visant la compensation d'un handicap est ici perçue comme une injustice dans le cadre du système d'évaluation parce qu'elle bouscule les habitudes qui font que "tout le monde doit être soumis à la même règle".

Enfin, le monde des sports.
Après Oscar Pistorius, Markus Rehm vient rappeler que le principe de solidarité ne vaut qu'associé à l'inégalité de traitement. Pour l'un (voir ici) comme pour l'autre l'amputation produit cette curieuse argumentation selon laquelle le port d'une prothèse apporterait un avantage sur des athlètes valides. Certes, les qualités mécaniques des lames de carbone qui servent de prothèse sont indéniables. Mais au lieu de se réjouir de l'arrivée de personnes différentes ayant pu compenser leur handicap grâce à un entraînement intense leur permettant d'accéder à l'excellence sportive, des voix s'élèvent pour dénoncer un avantage injuste (bien que ponctuel, limité et largement pondéré par les désavantages liés à la prothèse elle-même). Être handicapé et appareillé est injuste... pour les valides.
Le règlement sportif est convoqué ("que voulez-vous, c'est la loi du sport") pour rejeter la participation de ces sportifs handicapés (notamment la Règle 144.3.c des compétitions de la Fédération internationale d'Athlétisme: «devra être considérée comme une aide et par conséquent ne sera pas autorisée: (à l’exception des chaussures conformes) l’utilisation de toute technologie ou dispositif ayant pour effet d’apporter à l’utilisateur un avantage qu’il n’aurait pas eu en utilisant l’équipement spécifié dans les Règles.»
Bref pour que la compétition soit équitable, courez sur vos moignons!

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