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Affichage des articles du 2015

Le corps du rock: Lemmy Kilmister Motörhead

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Lemmy Kilmister, fondateur et leader du groupe rock Mötorhead est mort dans la nuit du 28 au 29 décembre 2015. La veille de Noël, il venait d'avoir 70 ans. Le lendemain de Noël (le 26), il venait d'apprendre qu'il souffrait d'un cancer qui l'a emporté deux jours plus tard.


Lemmy n'était donc pas indestructible. Les cigarettes, le speed, l'alccol l'ont eu en stimulant un cancer foudroyant.

Sa légende s'était construite sur cette image du rockeur invincible face aux excès, invulnérable malgré son exposition dans les dernières années à une faiblesse cardiaque et au diabète.
Ses stratégies face à la maladie renforçaient d'ailleurs la légende elle-même: cesser de boire du bourbon-coca pour le remplacer par de la vodka-orange moins sucrée était sa manière d'articuler alcoolisme et diabète.

Sexe, drogue et rock'n roll. Le cocktail est connu et Lemmy y a goûté. Les journalistes se délectaient d'ailleurs à estimer les quantités de Jack Dani…

Monsieur on ne parle pas des attentats?

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Mercredi 18 novembre 2015.
Dernier TD du cours de Philosophie des pratiques corporelles que je donne à l'Université Lyon1.

Cinq jours après les attentats du 13 novembre à Paris.

Le nombre de morts s'élève à 129. Un ami sur Facebook est toujours dans l'attente de l'identification de sa fille (dont j'apprendrai la mort après le cours). Le matin, un assaut a été donné à Saint-Denis. L'enquête post-attentats continue à nous maintenir dans une sordide ambiance et des sentiments qui oscillent entre tristesse et colère.

C'est donc le dernier TD. Je donne les consignes de travail. Les étudiants ont du mal à s'y mettre.

Quand l'un d'entre eux me demande:
"Monsieur on ne parle pas des attentats?"

Je suis surpris. Je ne m'attendais pas à cette demande.
Il y avait eu la minute de silence le lundi. Puis le mardi, le mercredi matin, les cours.
Mais les étudiants attendaient visiblement de pouvoir en parler. Après deux jours et demi de cours, à a…

Attentats du 13 novembre - Retour sur un témoignage de prof

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Samedi 14 novembre, j'ai rédigé un témoignage de ce que j'avais vécu avec une centaine d'étudiants accueillis en amphi pour un cours de quatre heure ("Faire un cours l'air de rien au lendemain du 13 novembre 2015"). Le cours commençait à 8h, un peu plus de dix heures après les premières attaques terroristes sur Paris du 13 novembre 2015. Des heures qui ne servirent pas à dormir.

J'ai écrit ce témoignage pour rendre compte de l'intensité et de la qualité des échanges que nous avons eus. Il y a eu de l'émotion (très forte, allant jusqu'aux pleurs), il y a eu des questionnements (beaucoup, variés, pertinents), il y a eu des témoignages (poignants, authentiques), il y eu des idées, des valeurs, des contradictions et de l'écoute, de l'échange et du respect.
C'est tout ce dont je voulais rendre compte.

Et ce texte m'a échappé.
Il a été repris, commenté et a donné lieu à des dizaines de milliers de lectures en une journée.

J'en ai …

Faire un cours l’air de rien au lendemain du 13 novembre 2015

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14 novembre 2015
Hier, 13 novembre, Paris a été lâchement attaquée au coeur de sa vie nocturne.
Ce matin, 14 novembre, je dois donner quatre heures de cours en amphithéâtre.
J’ai peu dormi, mal. Jusque tard dans la nuit à chercher des informations sur tweeter, reddit, les directs de la presse, de la radio, contacter les amis, savoir comment ils vont, rassurer, par téléphone, SMS, messenger… J’étais à Paris hier, mais je suis rentré, je suis en sécurité, chez moi, devant mon ordinateur et l’horreur.
Levé tôt, douche, café, puis aller chercher la presse et se rendre sur le campus.
Que vais-je faire? Je ne peux pas faire cours… Je dois faire cours. Un cours intitulé « Corps, sexes et cultures » consacré aujourd’hui aux loisirs corporels et aux stéréotypes qui les entourent, aux inégalités entre les hommes et les femmes dans le sport. Quelle futilité… quel non-sens.

Je suis entré dans l’amphithéâtre. Les étudiants étaient là, assez silencieux. Sur le tableau, un mot avait été écrit, inv…

Aylan: Valeur d'un corps d'enfant mort

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C'est une belle photo celle de cet enfant sur la plage où il paraît dormir.
Les enfants s'endorment n'importe où.
Ils dorment n'importe comment.
Bras le long du corps, la tête reposant pesamment là où le sommeil l'a posée.
On pourrait presque rouspéter. Mais quand même Aylan, ne dors pas là. Tu vas te mouiller, regarde les vagues...
Sauf qu'Aylan ne dort pas.
Il est mort. Noyé.
Cette noyade, tragique comme toutes les noyades d'enfant qui se produisent chaque été dans les piscines, les rivières et les bords de mer, nous jette dans l'horreur en raison du contexte.
Aylan qui semble endormi est mort en tentant d'atteindre un rêve que ses parents avaient imaginé pour lui.
D'ailleurs, les dessinateurs qui lui rendent hommage reprennent cette idée du sommeil, des rêves...

Cette image tellement forte est immédiatement devenue une icône.
Nous le savons tous.
Son impact est bien supérieur à celui des dizaines de milliers de photos prises depuis des ann…

Ceci est mon corps sur les modifications corporelles en France 1995-2015

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Et voilà la galette. Le CD est sorti. Il est disponible en librairie ou bien directement ici.
C'est une belle aventure que ce CD... dont j'ai déjà dit deux mots ici.

C'est la rencontre avec Michel qui nous raconte la cravate qu'il porte tatouée sous une chemise déboutonnée pour que son patron arrête de l'emmerder avec ses remarques:  faut que je mette une cravate? Et ben voilà ! Michel qui refuse d'être pris en photo, à la retraite depuis des années, qui nous raconte aussi son prince Albert qui lui a procuré plus de plaisir que n'importe quelle femme qu'il a rencontrée...
C'est l'émotion de Chamor qui revient sur les premières années du piercing à Paris, au milieu des années 1990, sur sa découverte de Re/Search "Modern Primitives", sur Ron Athey qu'il voit à Nantes et sur sa volonté d'essayer sur lui puis de percer à son tour. Sur la relation "aux gens" dans ce métier de perceur, ces gens qu'il faut aimer et à qu…

Débat autour des Body Hackers

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Petit compte rendu par Tonio Libero du débat que nous avons réalisé avec Morgan Dubois le 16 juin 2015, au Lavoir public (Lyon 1er) à propos des modifications corporelles, plus particulièrement sur la thématique des body hackers.

J'ai développé la trame de mon intervention ici: les body hackers sont parmi nous.

Tonio a fait son propre compte rendu de la soirée ici avec un storify... Il y a quelques approximations, normal, quand on prend à la fois des photos, qu'on twitte et qu'on suit une conférence... mais ça rend compte de la trame globale de l'intervention.
Ça laisse surtout pas mal de traces photographiques, ce pour quoi je le remercie, bien évidemment.

Mort d'une sale punk

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Laëtitia Petrelluzzi est morte en mars 2015. Elle était photographe.
C'était une sale punk.
Ses doigts tatoués l'affirmaient.

Je n'aurais sans doute pas écrit ce billet si je n'avais pas utilisé une photo d'Endorphins Rising, de Dijon pour l'article que j'ai consacré aux suspensions (Body Suspensions, le corps éprouvé).  Veg Silencio m'a contacté pour que j'indique les droits des photos qui y figurent. Nous avons commencé à échanger sur les suspensions. Il m'a fourni de nouvelles photos pour l'article que j'ai écrit pour la revue des Sciences sociales (parution septembre 2015).
Parmi elles, il y avait la photo ci-dessous, à droite, prise par Laetitia Petrelluzzi, la dernière qu'elle ait faite avant de mourir.
Je n'aurais pas non plus écrit ce billet sans cette photo où elle pose avec un autre photographe, Krousky, qui l'utilise comme photo de profil sur Facebook.
Elle est accompagnée d'un texte écrit le 7 mars. Juste ap…

Pour l'interdiction de Lewis Carroll et contre la décapitation

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All the time they were playing,
the Queen never left off quarreling with the other players
and shouting,
"Off with his head!" or "Off with her head!"

Lewis Carroll Alice's adventure in Wonderland

Un homme a tranché une tête en France. Artisanalement. Avec un couteau.
Il a ensuite tenté de rationaliser la barbarie de son acte par un combat politique.
Il a posté une photo de lui, posant en bourreau avec la tête de sa victime, comme les chasseurs ou les pêcheurs devant le cadavre de leurs prises.
Une des questions qui se posent est de savoir comment un homme peut en venir à couper la tête d'un autre homme, froidement, dans la vraie vie, et dans un pays qui ne punit plus les criminels en leur coupant la tête depuis 1981.
Peut-être cet homme s'est-il inspiré de pratiques médiatisées par des assassins multirécidivistes, des hors-la-loi prosélytes.
Aussi, après l'interdiction d'Internet pour éviter que ne s'y propagent des images dérangeantes et des a…

La langue des signes: une langue en soie, un corps en mots

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Non, non, il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre.
La soie, c’est une étoffe légère, précieuse, qui permet de fixer des couleurs éclatantes. La soie, c’est aussi le poil du cochon ou du sanglier dont on fait des brosses d'une qualité inégalable, d’une douceur ou d’une dureté parfaites selon la manière dont on le travaille, et même, comme c'est le cas des blaireaux à barbe, d'une douceur ferme. La soie, c’est enfin une partie effilée du fer d’une lame d’épée ou de couteau qui permet de la fixer dans son manche.

Dire que la langue des signes est une langue en soie, c’est donc bien sûr un jeu de mots. Elle est d'abord une langue en soi, c’est-à-dire une langue à part entière avec son vocabulaire, sa syntaxe, ses dénotations et ses connotations, reconnue officiellement en France depuis 1991 (seulement).

Elle est aussi une langue en soie au triple sens du mot soie. C'est ce que je me suis dit le jour où j'ai découvert la langue des signes. Le prem…