mardi 29 décembre 2015

Le corps du rock: Lemmy Kilmister Motörhead


Lemmy Kilmister, fondateur et leader du groupe rock Mötorhead est mort dans la nuit du 28 au 29 décembre 2015. La veille de Noël, il venait d'avoir 70 ans. Le lendemain de Noël (le 26), il venait d'apprendre qu'il souffrait d'un cancer qui l'a emporté deux jours plus tard.


Lemmy n'était donc pas indestructible. Les cigarettes, le speed, l'alccol l'ont eu en stimulant un cancer foudroyant.

Sa légende s'était construite sur cette image du rockeur invincible face aux excès, invulnérable malgré son exposition dans les dernières années à une faiblesse cardiaque et au diabète.
Ses stratégies face à la maladie renforçaient d'ailleurs la légende elle-même: cesser de boire du bourbon-coca pour le remplacer par de la vodka-orange moins sucrée était sa manière d'articuler alcoolisme et diabète.

Sexe, drogue et rock'n roll. Le cocktail est connu et Lemmy y a goûté. Les journalistes se délectaient d'ailleurs à estimer les quantités de Jack Daniels qu'il a pu boire ou le nombre de femmes avec qui il a pu coucher.

Une bouteille de Jack Daniels détournée pour Lemmy
Lemmy Kilmister fait partie de ces icônes du rock aux côtés d'Elvis ou de Jim Morrison qu'il a rejoints,  d'Iggy Pop ou de Keith Richards qui lui survivent (alors que Keith Richards dans Life, son autobiographie, affirme que s'il est encore là c'est qu'il a eu la chance d'avoir toujours assez d'argent pour acheter de la "bonne" drogue, Lemmy disait il y a encore quelque semaines que s'il était toujours vivant c'est qu'il n'avait jamais pris d'héro.)
Comme toutes ces icônes, Lemmy incarnait l'esprit du rock, insoumis, insouciant, et rebelle à l'ordre établi. J'avais pensé faire un papier sur lui pour le dossier de la revue Corps ("Le Corps du rock" à paraître très prochainement). Finalement, c'est une interview de Daniel Darc, un autre corps, rock aussi, détruit aussi, parti aussi que j'ai donnée, alors que Luc Robène interviewait, lui, Denis Barthe, le batteur de Noir Désir. Mais ce corps du bassiste rock, dessiné par le son (fort, très fort), le rythme (rapide, très rapide), vraiment, c'est dans Lemmy que je le voyais. Un corps animé qui envoie une pulsation qui fait battre le sang aux tempes. Un corps passé au devant de la scène alors que le bassiste est souvent discret malgré son importance rythmique et sa maîtrise instrumentale. Un corps qui s'impose. Un corps imposant.
Motörhead 1991
Lemmy: la légende s'est construite sur scène et en dehors
C'est donc surtout son corps qui incarnait le rock, affichant une virilité aussi inaltérable que stéréotypée, non seulement par ses addictions auxquelles il a longtemps survécu, mais aussi par son look immédiatement reconnaissable, sa manière de chanter le micro haut perché, sa manière de jouer de la basse et sa façon de se camper sur scène, de lever un doigt ou de regarder le public. Tout ce que faisait Lemmy était corporellement rock. Au-delà de la technique, de la motricité, de la musique, il a joué le rock, il a montré ce que le rock, incorporé profondément, pouvait faire au corps.
Comme Iggy Pop ou Keith Richards, comme Elvis ou John Bonham il a donné un corps au rock.
Il a fourni à la palette des corps de rockeurs une tonalité propre.
Un son, une posture, une attitude.
Sa basse dressée depuis son bas-ventre crachant les watts et la testo.

Jusqu'à la nuit dernière. Sa dernière nuit, un peu après ses soixante-dix ans, un peu après Noël, tout juste après avoir appris qu'il était mangé par un cancer venu éteindre le rock en lui.

Je pense à la dernière cigarette qu'il a fumée, au dernier verre de sa vodka-orange-thérapie, à son dernier souffle.
Et j'entends sortir de son corps un dernier rugissement: "we are Motörhead and we play rock'n roll"

"40 years is a joke" Lemmy à propos de Motörhead
Dernière interview (2015.11.20) après les attentats de Paris et la mort de Phil Taylor





mercredi 25 novembre 2015

Monsieur on ne parle pas des attentats?

Mercredi 18 novembre 2015.
Dernier TD du cours de Philosophie des pratiques corporelles que je donne à l'Université Lyon1.

Cinq jours après les attentats du 13 novembre à Paris.

Le nombre de morts s'élève à 129. Un ami sur Facebook est toujours dans l'attente de l'identification de sa fille (dont j'apprendrai la mort après le cours). Le matin, un assaut a été donné à Saint-Denis. L'enquête post-attentats continue à nous maintenir dans une sordide ambiance et des sentiments qui oscillent entre tristesse et colère.

C'est donc le dernier TD. Je donne les consignes de travail. Les étudiants ont du mal à s'y mettre.

Quand l'un d'entre eux me demande:
"Monsieur on ne parle pas des attentats?"

Je suis surpris. Je ne m'attendais pas à cette demande.
Il y avait eu la minute de silence le lundi. Puis le mardi, le mercredi matin, les cours.
Mais les étudiants attendaient visiblement de pouvoir en parler. Après deux jours et demi de cours, à aucun moment cet espace de parole n'a été institué. Ils me l'ont dit. On n'en a pas parlé. Je sens qu'il y a de la peur, de l'incompréhension.
Parmi eux, ils avaient été nombreux à lire "Faire un cours l'air de rien" que j'avais écrit le samedi.
Ils se sont dit qu'on en parlerait...
Alors, nous en avons parlé, malgré le fait qu'il s'agissait du dernier TD durant lequel nous pouvions ajuster le travail à rendre une semaine plus tard, malgré le fait que c'était le dernier moment où je pouvais les aider pour ce document qui serait noté.
Je ne suis pas sûr que j'ai été à la hauteur de leurs attentes.
Il y a eu du silence, des visages fermés, des regards profonds.
Il s'est encore passé quelque chose dans l'écoute, dans l'expression du ressenti, dans le questionnement.
La qualité des échanges était là.
Parce qu'il fallait parler, non pas encore, mais enfin.
Prendre le temps.
Alors, je me suis dis que face à une horreur comme celle du 13 novembre, une horreur qui se vit aussi ailleurs même si on en parle moins (au Mali, au Liban, au Nigéria, en Tunisie, en Syrie, en Libye, en Irak, en Afghanistan...), il est cependant possible de se retrouver. Une telle horreur nous rend plus humains. Au sens fort du terme. Au sens où nous nous sentons appartenir à une même communauté liée par des valeurs partagées et dont les liens se renforcent par les mots importants, enfin échangés.

lundi 16 novembre 2015

Attentats du 13 novembre - Retour sur un témoignage de prof

Samedi 14 novembre, j'ai rédigé un témoignage de ce que j'avais vécu avec une centaine d'étudiants accueillis en amphi pour un cours de quatre heure ("Faire un cours l'air de rien au lendemain du 13 novembre 2015"). Le cours commençait à 8h, un peu plus de dix heures après les premières attaques terroristes sur Paris du 13 novembre 2015. Des heures qui ne servirent pas à dormir.

J'ai écrit ce témoignage pour rendre compte de l'intensité et de la qualité des échanges que nous avons eus. Il y a eu de l'émotion (très forte, allant jusqu'aux pleurs), il y a eu des questionnements (beaucoup, variés, pertinents), il y a eu des témoignages (poignants, authentiques), il y eu des idées, des valeurs, des contradictions et de l'écoute, de l'échange et du respect.
C'est tout ce dont je voulais rendre compte.

Et ce texte m'a échappé.
Il a été repris, commenté et a donné lieu à des dizaines de milliers de lectures en une journée.

J'en ai été surpris, et ému.

La surprise est venue d'abord de la dimension quantitative de sa réception. Sur ce blog, il a été lu plus de 9600 fois en 24h (ce qui en fait le cinquième articles le plus lu, passant devant des articles consultés régulièrement depuis... 2010).

Il a été repris sur Rue89, et a été consulté près de 80000 fois en douze heures, ce qui en fait le troisième article le plus lu du site au moment où j'écris ces lignes. Sur la page Facebook de rue89, il a recueilli, sur la même période près de 7000 j'aime et a été partagé plus de 1600 fois. Sur ma propre page Facebook, il a été partagé également près de deux-cents fois.

Il a été listé dans des articles qui proposent des ressources pour parler aux élèves ou aux étudiants, comme ici dans l'article de Stéhanie de Vanssay (Comment en parler avec nos élèves?), ou là (Attentats à Paris, comment en parler à ses étudiants?).

Je me suis demandé ce qui a produit un tel déferlement. Je n'avais pas l'impression que ce texte était important. J'ai compris qu'il l'était pour celles et ceux qui le lisaient en lisant leurs commentaires. Nombre des lecteurs me remercient de l'avoir écrit. Des étudiants (que j'ai eu en cours, d'autres que je ne connais pas) m'ont écrit. Une mère d'étudiant aussi. Puis des collègues, des amis.
Il aurait donc une certaine utilité.

Passée, la surprise, c'est l'émotion qui m'a saisi en lisant ce que le texte avait suscité. Tant de personnes sont dans l'angoisse, sont démunies... Ces attentats, outre les morts et les blessés, outre la peine de leurs proches, nous avaient déjà touchés en produisant de l'inquiétude, du désarroi.
J'ai eu envie de pleurer.

C'est pour cela que ci-dessous je copie les messages reçus, les commentaires. Simplement listés. Sans ordre... en mentionnant, lorsque je la connais le statut de la personne qui me l'a envoyé ou qui l'a posté sur un site.  Leurs propos sont indissociables du témoignage que j'ai produit. Ils le prolongent.

• Déborah, étudiante: "Bonjour, je voulais juste vous remercier. Tout d'abord, de nous avoir accueillis ce matin après la pause dans votre cours. Je m'excuse du dérangement que j'ai suscité en rentrant. Mes amis et moi avions peur que vous nous refusiez d'assister à la réflexion/débat que vous avez décidé, spontanément, de mettre en place en cette journée lourde et interminable.
Puis, je vous remercie de permettre aux étudiants de s'exprimer. De les écouter. Pas seulement d'écouter pour répondre, mais d'entendre vraiment chaque mot de chaque phrase. Beaucoup de mes amis souffrent de l'islamophobie, il y a de l'inquiétude vis à vis du futur de la France, de l'inquiétude dans la vie de tous les jours.
Même si la plupart d'entre nous ne sommes pas directement liés au massacre d'hier au soir, nous nous sentons tous personnellement touchés. Parce que ça aurait pu être n'importe où, n'importe quand et n'importe qui. Parce qu'on est français, et que nous partageons les mêmes valeurs. La différence (couleur de peau, religion, immigrés, hommes ou femmes...) est se qui fait notre unité, et c'est se qui fait de la France ce qu'elle est : un pays libre et tolérant.
Nous vous remercions tous d'avoir partagé avec nous vos pensées et réflexions, dans le cadre d'un dialogue constructif et réciproque.
Il faudrait davantage de profs comme vous qui considèrent l'actualité de notre pays plus important qu'un cours, certes très intéressant s'agissant du votre, mais qui dans les faits est bien moins important.
Je me demande comment les humains peuvent être aussi semblables et pourtant si différents. Comment il est possible d'éteindre toute l'humanité d'un homme, alors que l'empathie est un caractère partagé de l'espèce humaine. Il a été démontré chez les psychopathes, qu'un gène impliqué dans l'empathie est en fait altéré chez eux, expliquant leur folie. Mais comment expliquer le mental d'un terroriste ? Comment peut-il regarder dans les yeux un semblable et décider de le tuer d'une balle dans la tête ? Ce sont devenus des machines formatées, dont les capacités à réfléchir et ressentir ont été complètement effacées. Leur façon de penser est tellement radicale, qu'il est impossible d'imaginer un retour en arrière de leur part. Que faire de ces personnes ? Ils doivent être attrapés, arrêtés et après ? La justice les mettra en prison, mais leurs pensées en resteront toujours intactes si ce n'est amplifiées.
Ils n'ont pas du tout les mêmes connexions neuronales que nous, ou bien ils sont possédés par des Goa'uld...
En vous remerciant
"

• Une mère d'étudiant, prof en collège: "Demain , je retourne au collège... dans le bronx (Nom du Collège) . Comme toi, je ne vais pas faire mon cours l'air de rien, comme vous j'imagine que l'on va se regarder longuement, et aussi parler, s'écouter... mes élèves, moi, ont entre 11 et 16 ans. Je vais devoir etre à la hauteur, rester dans "l'adulte" et gérer mes, et leurs émotions.  Je sais que je vais avoir du mal avec la dérision, la provocation de certains... ou peut etre vais je etre bluffée par leur grande dignité, je ne sais pas... j'aime mon job, ces gamins, mais je ne lache rien sur le savoir-être et les valeurs communes du "vivre ensemble". A (Nom du Collège) on s'accroche, je suis lasse ce soir mais je vais me blinder pour demain... Merci pour cet article , je relaie"

• Marion, étudiante: "Encore merci Monsieur de nous aider chaque samedi matin à ouvrir nos esprits sur le monde qui nous entourent. Hier Matin, nos cœurs étaient lourd et l'atmosphère pesante. Mais grâce a vous, grâce au partage des opinions et de point de vue, nous avons réussi à nous délaisser légèrement du poids de cette tragédie dont nous avons tous été touché. L'échange nous a permis de ne pas être en colère mais de nous souder, nous français.
Pray for Paris
"

• Léo, étudiant: "Quelle chance d'avoir eu l'opportunite d'échanger ce matin, spontanément, tous ensemble, avec le regard éclairé d'un professeur-chercheur à Lyon 1."

• Caroline, étudiante: "Ce cours a été fort en émotion, merci pour tout Monsieur. "Face au terrorisme n'ayez pas peur. Rester debout et toujours unis""

• Nicolas, étudiant : "Etudiant en Belgique, hier matin, à vous lire, j'aurais moi aussi voulu être à Lyon. Merci pour vos quelques lignes sur Rue89."

 • Clément, ancien étudiant: "Bonjour, je suis un ancien étudiant a lyon et une de mes très bonnes amies est une de vos éleves. Je vous envoi ce message car j'ai lu votre texte sur le blog. Je tenais a vous dire qu'il était magnifique et que l'action est très forte. Vous êtes un grand homme monsieur si ce monde peux s'améliorer c'est grâce a des hommes comme vous. Je n'ai aucune raison mais merci."

• Nadège, étudiante: "Monsieur, Je souhaitais vous remercier de votre témoignage, de votre sagesse. Vous m'avez émue ! Ce qui arrive est tout simplement incroyable, les mots ne suffisent pas pour décrire l'émotion que nous éprouvons tous. Les vôtres m'ont permis de me dire un autre demain est possible, dans l'union. Merci encore"

• Jiasmine, étudiante: "Bonsoir, Je suppose que vous êtes le prof de SHS d'une de mes amie. Le prof qui donnait cours ce matin. J'ai lu votre texte, mon amie a mis un lien sur son profil. Je tenais a vous dire qu'il m'a énormément touchée, il est rempli d'humilité, rempli de vérité, rempli avant tout d'humanité. Ca m'a touchée car les mots donnent un sens à tout ou presque. Et de pouvoir réussir à mettre des mots sur ce qui a pu se passer avec tous ces etudiants, toute cette magnifique mixité donne lieu à la force. À la force qu'il faut pour se sentir vivant, pour se sentir humain. Il faut se dire que l'on est ensemble, que l'on a toujours été ensemble, que c'est comme ça et que c'est pour cela qu'il faut s'unir. Cette tuerie est une horreur et oui cela fait peur, cela rend vide, cela peut en remplir certains d'une immense amertume, d'une profonde haine, de créer de nouveaux amalgames. Mais il ne faut pas se laisser envahir par ces emotions, il faut se "tenir par la main" et se sentir plus forts que ces armes et ces hommes. Quand l'Homme a peur par instinct il se protège, protège les siens et voit sa force s'amplifier alors il faut que l'on puisse transformer cette peur en instinct et réussir à rebatir quelque chose d'encore plus beau, d'encore plus fort: s'aimer, ne pas etre effrayer par son voisin, ne pas le rendre coupable des larmes versées, de la douleur donnée. La nature nous a tous fait différents, même dans une société où tout le monde se ressemble la différence a toujours une longueur d'avance alors montrons à ces gens que nous n'avons plus peur de l'inconnu, que cette difference est la bienvenue. Montrons leur que nous sommes difference et que grâce à cela la terreur qu'ils veulent nous envoyer ne nous atteint pas, que même si l'on tremble c'est parce que l'on a froid et que nous sommes au-dessus. Nous répondront à cette violence par le mot humanité. Merci pour vos mots, la profondeur qu'ils apportent. Merci du soutien pour nous les étudiants, j'espère que leurs regards de ce matin vous a fait du bien."

• Arnaud, ancien étudiant "Il y a 14 ans, j'étais assis dans un amphi minable que la fac de sciences prêtait à l'UFR STAPS de Montpellier. La semaine précédente, les tours étaient tombées. C'était la rentrée ou presque... Déjà, nous avions discuté, un peu. Je n'étais pas d'accord avec tous ce que vous nous disiez mais nous échangions sur le deuil, sur les processus d'identification, sur les codes. Je n'ai pas oublié, je n'oublierai jamais. L'actualité ne me laissera pas oublier. Demain, je parlerai avec mes élèves de lycée pro, dans un établissement à 29 nationalités. Déconstruire prendra du temps mais je ne lâcherai pas, je dois bien ça à mes élèves"

Et puis des commentaires associés à des partages de l'article: 

• "Pour toutes mes amies enseignantes... ou pas d'ailleurs... Laissez de côté le "foutu programme"
Et prenez le temps de
Parler
D'écouter

D'accueillir le silence
De dire ce qu'on ressent
"


• "Je ne suis pas capable de dire ce qu'il a dit, mais je vais faire de mon mieux demain, face à "mes" élèves (dont un bon nombre que je ne connais pas encore)... Je ne sais pas ce que je vais leur dire, sauf partager cette citation d'Aragon qui est ma photo de couverture et la phrase qui a été choisie par mon établissement "certains jours j'ai rêvé d'une gomme à effacer l'immondice humaine" "

• "Pensées aux instits, profs, éducs, tous ceux qui bossent avec des enfants..."

• " "Parce qu’à travers les mots qui ont circulé, c’est la vie qui s’est propagée et l’espoir de l’intelligence qui s’est imposé sur la désespérance de l’ignorance." Merci à ce professeur... Il a tout compris ! Les jeunes aussi d'ailleurs !"
[Cette phrase, qui conclut l'article a souvent été reprise dans les partages sur Facebook]

• "le pouvoir de se parler"

• "Une leçon de communication... un "cours" comme on aurait dû en recevoir..."

• "La VIE"

• ""[...]Parce qu’à travers les mots qui ont circulé, c’est la vie qui s’est propagée et l’espoir de l’intelligence qui s’est imposé sur la désespérance de l’ignorance." Philippe Liotard"

• "Magnifique !
L'écoute, l'intelligence, l'intuition, la vie quoi et donc, l'espoir !
"


• "et ça c'est vraiment de la connaissance, de la reconnaissance et pas besoin d'évaluation pour savoir si c'est acquis."

•  "Le pouvoir des paroles libres"

• "J'aurai aimé être présente, pour écouter... vivre les échanges entre ces personnes"

• "C'est un récit prenant et c'est je pense ce que nous, étudiants de toute la France ou d'ailleurs, avons besoin face à cet éprouvant début de semaine."

• "Ce samedi matin, les établissements scolaires et universitaire d'ile-de-france étaient fermés et on comprends bien pourquoi. Mais ailleurs, malgré la peine, des étudiants et leur professeurs se sont retrouvés. Non pas pour suivre/faire un cours comme ils en ont fait beaucoup depuis septembre, pas pour être dans le rapport élèves/profs, juste pour parler d'humain à humain, juste parce qu'ils en avaient besoin...."

• "C'est ÇA la France, les jeunes sortez nous de là !"

• "A LIRE SANS MODERATION. C'est comme le morceau de musique du pianiste, ça fait du bien !"

• "Quelle humanité !!!"

• "Le témoignage intense et sincère de Ph. Liotard, enseignant à Lyon-I, devant son amphi samedi matin...
..."Parce qu’à travers les mots qui ont circulé, c’est la vie qui s’est propagée et l’espoir de l’intelligence qui s’est imposé sur la désespérance de l’ignorance."...

... de l'importance de la parole et de l'échange pour apaiser colère et souffrance, évacuer les sentiments négatifs...
Parler pour construire... éduquer... et AIMER!!"


"Poignant..."

• "Les larmes coulent et ça fait du bien.. Merci Arnaud pour ce partage mais pour tous les autres aussi ... À travers toutes ces ondes facebookiennes ... Humainement reliés. Merci"

• "C'est émouvant l'intelligence."

• "SUBLIME TEXTE
SUBLIME ATTITUDE
D UN PROF CE MATIN FACE A SES ETUDIANTS
ET QUI PEUT - PEUT ETRE - VOUS GUIDER DEMAIN ??"


• "Intense. Juste ouvrir l'espace de la parole."

• "Se parler, s'écouter, débattre dans le respect..."

• "Merci Laurent, encourager le dialogue, les dialogues, donner du temps pour cela: c'est clair, direct et magnifique" 

• "Face à l'horreur, voilà ce que je ferai également avec mes étudiants demain matin. En parler...et nommer les choses aussi atroces soient-elles !!"

• "Ce moment dont on aurait tous besoin, ils l'ont pris..."

• "Une pensée pour vous mes collègues qui recommencez à enseigner dés demain ..."

• "J'espère qu'à mon collège demain, on va parler -
parce que les mominets ils vont en avoir des questions,
des craintes, des peurs et d'la provo aussi..."


• "simple et juste..."

• "Des moments fondateurs, pour les jeunes étudiants qui les ont vécus.
c'est impressionnant..."


• "Une véritable communion entre étudiants et un beau message d'espoir..."

• ""Parce qu’à travers les mots qui ont circulé, c’est la vie qui s’est propagée et l’espoir de l’intelligence qui s’est imposé sur la désespérance de l’ignorance." --- on peut VIVRE ENSEMBLE! <3"

• "J'aurais bien aimé être étudiante, ce samedi matin..."

• "Merci...tout le week-end je me suis demandée comment j'allais faire pour pouvoir faire cours demain ... je ne pourrai pas...maintenant je sais ce que je vais leur dire "parce qu’il fallait se parler et que le cours n’avait pas de sens ... Le savoir formel n’avait plus d’importance.Ce qui était important, c’était de pouvoir parler, d’apaiser ce qui nous traversait. Parce qu’à travers les mots qui ont circulé, c’est la vie qui s’est propagée et l’espoir de l’intelligence qui s’est imposé sur la désespérance de l’ignorance." ...Ca, ça vaut tous les cours"

• "Merci, ce sera votre meilleur cours!"

• "C'est beau de savoir qu'il y a des gens comme ce Monsieur, des professeurs surtout, qui savent non seulement enseigner leur matière/passion, mais aussi enseigner la vie, tout court. Le partage, la compassion, l'humanité... C'est grâce à des gens comme lui que, comme il le dit si bien, " l’espoir de l’intelligence" s’imposera "sur la désespérance de l’ignorance". Merci Mr Liotard."

•  "Nous ils nous ont quand même fait un examen accompagné de blagues à 2balles"

• "Et puis il y a nous, élève de prépas qui se sont installé ce samedi dans nôtres salle de DS, dans l'incompréhension et sous très peu d'infos ... L'ambiance était pesante et à la sortie du devoir nous étions tous sur nos téléphones, inquiet de recevoir des nouvelles ... Ce fut 4heures très dures et longue ... Puis le reste du week-end en fut très fatiguant ... Merci à vous de vous êtes exprimé à vos élevé, c'est une chose que j'aurais apprecie en ce samedi matin !"

• "Ce témoignage m'a émue plus que tout ce que j'avais entendu jusqu'à présent ! Merci Monsieur !"

• "Des fois les mots sont là comme des larmes... On ne les choisit pas. Mais ils s'écoulent et ça fait du bien..."

• "Moi j'ai eu cours d'anglais, une petite référence durant 5min mais sinon foutage de gueule complet"

• "En de telles circonstances il n y a que le vivre ensemble par le partage des mots qui puissent apaiser pour éveiller notre volonté de
Liberté
Égalité
Fraternité"


"Ceci est un vrai cours, un cours sur la vie, sur l'humanité."

• "Merci encore pour ce cours, on en avait tous besoin

• "Un cours d'intelligence et d'humanite Cela n'est pas dans les programmes mais c'est ce qui doit etre le fil conducteur de tout educateur ... de la Maternelle à l' Universite !

• "voilà, magnifique, ça peut être ça enseigner et.. ça devrait être ça plus souvent, écoute, partage, respect...

• "Une réaction saine et essentielle. Samedi matin je devais avoir un exam en amphi à la fac de Strasbourg et je m'étais demandée s'ils allaient l'annuler ou peut être laisser le choix aux étudiants de le passer un autre jour. Ils ne l'ont pas fait, ce qui nest pas spécialement choquant en soi, mais ce qui m'a profondément dérangé c'est que aucune référence n'a été faite, pas de minute de silence, même pas une phrase à ce sujet. On a même eu droit à un "vous êtes bien silencieux, faut pas stresser" sur le ton de la rigolade. Comme si il n'y avait rien de plus important pour nous que cet exam de droit ce jour là."

• "C'est pas du tout facile"  

• "Vraiment touchant"


     



samedi 14 novembre 2015

Faire un cours l’air de rien au lendemain du 13 novembre 2105

L'Equipe, 14 novembre 2014
14 novembre 2015
Hier, 13 novembre, Paris a été lâchement attaquée au coeur de sa vie nocturne.
Ce matin, 14 novembre, je dois donner quatre heures de cours en amphithéâtre.
J’ai peu dormi, mal. Jusque tard dans la nuit à chercher des informations sur tweeter, reddit, les directs de la presse, de la radio, contacter les amis, savoir comment ils vont, rassurer, par téléphone, SMS, messenger… J’étais à Paris hier, mais je suis rentré, je suis en sécurité, chez moi, devant mon ordinateur et l’horreur.
Levé tôt, douche, café, puis aller chercher la presse et se rendre sur le campus.
Que vais-je faire? Je ne peux pas faire cours… Je dois faire cours. Un cours intitulé « Corps, sexes et cultures » consacré aujourd’hui aux loisirs corporels et aux stéréotypes qui les entourent, aux inégalités entre les hommes et les femmes dans le sport. Quelle futilité… quel non-sens.

Je suis entré dans l’amphithéâtre. Les étudiants étaient là, assez silencieux. Sur le tableau, un mot avait été écrit, invitant à rester debout face au terrorisme. Je l’ai lu ce mot. Je me suis tourné vers l’amphi. J’ai posé mon sac sur le bureau, ma sacoche, ma bouteille d’eau. Je n’ai pas sorti l’ordinateur. J’ai regardé chaque étudiant, chacune, chacun, un à une. Les étudiants me regardaient. Il en manquait. Normal, samedi matin, huit heures, c’est tôt. J’ai regardé encore ces visages puis je leur ai demandé de se lever pour respecter une minute de silence, un silence qui s’était déjà installé. Tout le monde se lève. Le recueillement est palpable. Des étudiants arrivent en retard, se dépêchent, comprennent, se mettent au diapason de ce silence là.

Je me mets à parler. Je ne sais pas ce que je vais dire; je ne sais pas ce que j’ai dit. Je me souviens de ma voix, grave, que je sens résonner en moi, qui me traverse et porte une intensité et une gravité que je ne me connais pas. Je suis ému. Je ne sais pas si je vais pouvoir faire cours l’air de rien, alors je le dis. Et je parle de Paris, hier, du beau temps, des terrasses de bar remplies, du Bataclan, de la joie qu’il y a quand on va ensemble à un concert.
Je dis que j’ai besoin de parler, que je ne peux pas faire cours. Et je parle. Je pose mes questions, je me demande comment on peut en venir à une telle horreur. Je m’interroge à voix haute, je ne fais pas de cours…
Le silence est total, les regards que je croise sont plongés dans les miens. Jamais je n’ai ressenti ça avec des étudiants. Jamais. Un silence à la fois glacial et de communion.
Puis des étudiants parlent. Des étudiantes portant le foulard s’expriment. L’une d’entre elles nous lit des versets du Coran. Ce cours est un cours transversal que peuvent suivre tous les étudiants de licence inscrits à l’Université Lyon1 dans la filière Sciences et techniques. Il y a dans cet amphithéâtre des étudiants français, parmi eux des étudiants musulmans, des étudiantes musulmanes portant le foulard, d’autres pas, des étudiants étrangers, noirs, asiatiques, Egyptiens (l’un a pris la parole, un autre est venu me remercier à la fin de cet échange…).

Une jeune marocaine nous parle de l’attentat de 2003 au Maroc. Elle parle longuement. Quand elle a fini de parler, elle se met à pleurer. Un autre étudiant au bord des larmes s’interroge sur comment on pouvait faire pour que l’on ne puisse plus en arriver à ça. Plus tard, une fois sorti, un jeune homme noir me dit qu’il ne m’a plus écouté pendant un moment, qu’il était vide, qu’il s’est mis à pleurer mais qu’il ne pouvait pas pleurer devant tout le monde et qu’heureusement, ça ne s’est pas vu.
Quels échanges, quelle écoute… Trois heures trente. Sans pause. Et les étudiants en retard qui viennent s’assoient et… restent. Après la pause des autres amphis, des étudiants entrent et me demandent s’il peuvent venir eux aussi parler…

On a parlé de tout. D’identité, de religion, de médias, de Charlie – forcément de Charlie – du 11 septembre, d’Al Quaeda, de Boko Haram et de Daech. Des Tchétchènes et des révolutions maoïstes d’Amérique du Sud, de Georges W. Bush et de l’Irak, des Palestiniens et d’Israël, des Juifs d’Israël et du Hamas, du Liban, de Beyrouth (on a même commencé par Beyrouth, c'était la veille, le jeudi 12), d’éducation, de la volonté de ne pas éduquer pour contrôler les consciences (et donc d’éduquer à des valeurs de soumission), de la rupture dans l’éducation, du devenir terroriste, de Dieudonné, de la musique, du plaisir, du respect, des conditions du respect, de la liberté d’expression, des esclaves, de Mohammed Ali, des réfugiés,… de tout je vous dis, de la peur, de la solidarité, des communautés, de comment on se crée des ennemis, même dans le sport, déjà dans le sport, comment on en veut aux autres, comment on fait de l’autre le responsable de ce qu’on vit, comment on est, toujours, l’autre des autres.

Des étudiants qui parlent qui s’écoutent… qui s’écoutent vraiment. Pas une seule fois les voix se sont chevauchées. Pas une seule fois en trois heures trente. Malgré, on le sent, des tensions, des points de vue différents… Des étudiants qui restent là alors que ça ne sert à rien, qu’il n’y aura pas d’évaluation, que ce que l’on a fait ce matin est inutile…

Est-inutile? Etait-ce inutile?
Rester trois heures trente à se parler, à s’écouter, ça arrive souvent? Rester ensuite, après trois heures trente pour encore parler, ça arrive souvent, le samedi matin quand on est étudiant?
J’aurais pu faire mon cours l’air de rien
Je n’ai pas pu faire le cours que j’aurais dû faire.
Show must go on !
Je sais.
A un moment, je me suis dit, c’est bon, maintenant, on va pouvoir faire cours…
Mais non, ça n’a pas été possible. Parce qu’ils fallait se parler et que le cours n’avait pas de sens ce matin. Le savoir formel n’avait plus d’importance.
Ce qui était important, c’était de pouvoir parler, d’apaiser ce qui nous traversait.
Parce qu’à travers les mots qui ont circulé, c’est la vie qui s’est propagée et l’espoir de l’intelligence qui s’est imposé sur la désespérance de l’ignorance.

vendredi 4 septembre 2015

Aylan: Valeur d'un corps d'enfant mort

Noyade fatale
C'est une belle photo celle de cet enfant sur la plage où il paraît dormir.
Les enfants s'endorment n'importe où.
Ils dorment n'importe comment.
Bras le long du corps, la tête reposant pesamment là où le sommeil l'a posée.
On pourrait presque rouspéter. Mais quand même Aylan, ne dors pas là. Tu vas te mouiller, regarde les vagues...
Sauf qu'Aylan ne dort pas.
Il est mort. Noyé.
Cette noyade, tragique comme toutes les noyades d'enfant qui se produisent chaque été dans les piscines, les rivières et les bords de mer, nous jette dans l'horreur en raison du contexte.
Aylan qui semble endormi est mort en tentant d'atteindre un rêve que ses parents avaient imaginé pour lui.
D'ailleurs, les dessinateurs qui lui rendent hommage reprennent cette idée du sommeil, des rêves...

Aylan dort-il? Extrait de dessins...
Cette image tellement forte est immédiatement devenue une icône.
Nous le savons tous.
Son impact est bien supérieur à celui des dizaines de milliers de photos prises depuis des années de milliers de réfugiés morts noyés, asphyxiés, écrasés... en Italie, en France, en Turquie...
L'image d'Aylan se place dans l'histoire des images d'enfants ayant bouleversé le monde à défaut de l'avoir changé, avec la photo de Kim Phuc brûlée au Napalm (prise par Nick Ut au Vietnam) ou encore cette image saisissante d'une fillette malnutrie surveillée par un vautour (prise par Kevin Carter au Soudan).

La terrible violence de l'image d'Aylan mort nous conduit à la sidération par sa diffusion et sa circulation infinie sur la toile, les télés, les journaux. Elle entre dans ce processus d'aspiration généré par les images des attentats du 11 septembre 2001 tournant en boucle.
Aylan, devenir icône dans la mort
La valeur émotionnelle de l'image d'un enfant mort est inestimable.
Aylan parait dormir un instant, un tout petit instant, bien trop petit, avant la terrible prise de conscience: Ce petit garçon est mort.
Sa mort condense toutes les morts injustes.
Sa visibilité construit une réalité qui claque et de laquelle on ne peut plus se détourner.
C'est ce qui en fait la valeur, sa force.

L'image d'un enfant mort est une bombe nucléaire d'émotions. Elle balaie tout.
Comme en 1992 les photos d'Andres Serrano prises à la morgue d'un enfant paraissant lui aussi dormir, jusqu'à la légende: Méningite fatale.
Là-aussi, une claque de la réalité. Ce n'est pas un tableau. Ce n'est pas la photo d'un enfant qui dort. C'est un vrai enfant. Vraiment mort.

Dans les deux cas, l'image peut paraître mise en scène.
Jusqu'à la lecture des mots qui l'accompagnent

Et ça fait mal.
Pour Aylan la colère s'ajoute à la douleur.

Andres Serrano - Méningite Fatale1
Andres Serrano - Méningite Fatale 2


mardi 1 septembre 2015

Ceci est mon corps sur les modifications corporelles en France 1995-2015

Lukas Zpira
© Mayliss Salle


Et voilà la galette. Le CD est sorti. Il est disponible en librairie ou bien directement ici.
C'est une belle aventure que ce CD... dont j'ai déjà dit deux mots ici.

C'est la rencontre avec Michel qui nous raconte la cravate qu'il porte tatouée sous une chemise déboutonnée pour que son patron arrête de l'emmerder avec ses remarques:  faut que je mette une cravate? Et ben voilà ! Michel qui refuse d'être pris en photo, à la retraite depuis des années, qui nous raconte aussi son prince Albert qui lui a procuré plus de plaisir que n'importe quelle femme qu'il a rencontrée...
Nico & Chamor de Tribal Act, Paris
© Maria Spera
C'est l'émotion de Chamor qui revient sur les premières années du piercing à Paris, au milieu des années 1990, sur sa découverte de Re/Search "Modern Primitives", sur Ron Athey qu'il voit à Nantes et sur sa volonté d'essayer sur lui puis de percer à son tour. Sur la relation "aux gens" dans ce métier de perceur, ces gens qu'il faut aimer et à qui il faut donner autre chose qu'une technique qui dure une seconde tout au plus...

C'est l'espièglerie d'Lza, adolescente qui se perce le sein avec une copine dans sa salle de bain, "c'était bien rock n'roll" et qui finalement fera son premier piercing dans un squat à l'occasion... d'un voyage scolaire! Lza toujours qui se perce la langue et qui y garde juste le clou, sans bijou, pour que ses parents ne puissent pas voir qu'elle est percée même en lui demandant de tirer la langue... Lza qui parle de sa cuisse où une cicatrice voulue (celle de la scarification) va envelopper celle, inacceptable, de l'accident...

Lza
© Chamor
C'est la finesse de Nicolas qui rapporte, en observateur impliqué et lucide, l'évolution du piercing depuis plus de quinze ans, sa popularisation suivie de celle du tatouage, Nico qui glisse un mot sur sa formation de pierceur auprès de Fakir Musafar, le grand-père des modifications corporelles contemporaines, qui revient aux fondateurs de la boutique Tribal Act, Emma et Olivier... en 1997 tout en répondant aux clients qui entrent dans la boutique ou téléphonent
 
Jean-Luc Verna – Autoportrait

Ceci est mon corps, c'est aussi la poésie de Jean-Luc Verna qui évoque ses premières amours devenus tatouages, ses premières étoiles, la manière dont l'encre sur sa peau le définit à partir de mots, d'images, Jean-Luc Verna qui rapporte les haines qu'il suscite parfois, sa quête d'amour et la manière dont, véritable brouillon, il se dessine, se rature, se souligne par le tatouage devenu une manière de supporter son corps fluctuant dont il fait une oeuvre... (voir ici Jean-Luc Verna, L'image-corps en mouvement)

Lukas Zpira - Karma
© Mayliss Salle
Lukas Zpira, enfin, une autre oeuvre corporelle, dont on sent le souci de créer, de déplacer les normes de l'acceptable et du souhaitable, à coup de poinçon et de scalpel, qui revient sur l'ouverture de Body-Art en 1993, sur Art-Kør 00, en Avignon 2000 et sur ce que cet événement a généré pour la scène française des bodmods... qui constate la normalisation de ce qui, il y a encore une dizaine d'années demeurait aux marges de la société...

Tous ces témoignages inscrivent les parcours de chacun dans l'histoire globale de ce que les humains font à leur corps, ils rendent hommage à ceux qui les ont précédé (Fakir Musafar, Jim Ward...) ou accompagné (Steve Haworth, Shannon Larratt) à un moment (au milieu des années 1990) où le piercing n'était encore pas un accessoire de mode pour Jean-Paul Gauthier...

Voilà quelques éléments de ce que raconte Ceci est mon corps. Edité par les éditions Sous la lime et déjà annoncé sur le site de la FNAC. Disponible en librairie à partir d'octobre 2015

jeudi 9 juillet 2015

Débat autour des Body Hackers

Petit compte rendu par Tonio Libero du débat que nous avons réalisé avec Morgan Dubois le 16 juin 2015, au Lavoir public (Lyon 1er) à propos des modifications corporelles, plus particulièrement sur la thématique des body hackers.

J'ai développé la trame de mon intervention ici: les body hackers sont parmi nous.

Tonio a fait son propre compte rendu de la soirée ici avec un storify... Il y a quelques approximations, normal, quand on prend à la fois des photos, qu'on twitte et qu'on suit une conférence... mais ça rend compte de la trame globale de l'intervention.
Ça laisse surtout pas mal de traces photographiques, ce pour quoi je le remercie, bien évidemment.
Morgan Dubois et Philippe Liotard
sous la protection de Stelarc

samedi 4 juillet 2015

Mort d'une sale punk


Laeti - sale punk
Laëtitia Petrelluzzi est morte en mars 2015. Elle était photographe.
C'était une sale punk.
Ses doigts tatoués l'affirmaient.

Je n'aurais sans doute pas écrit ce billet si je n'avais pas utilisé une photo d'Endorphins Rising, de Dijon pour l'article que j'ai consacré aux suspensions (Body Suspensions, le corps éprouvé).  Veg Silencio m'a contacté pour que j'indique les droits des photos qui y figurent. Nous avons commencé à échanger sur les suspensions. Il m'a fourni de nouvelles photos pour l'article que j'ai écrit pour la revue des Sciences sociales (parution septembre 2015).
Parmi elles, il y avait la photo ci-dessous, à droite, prise par Laetitia Petrelluzzi, la dernière qu'elle ait faite avant de mourir.
Photo Laetitia Petrelluzzi, prise à Dijon
Laëti et Krousky
Je n'aurais pas non plus écrit ce billet sans cette photo où elle pose avec un autre photographe, Krousky, qui l'utilise comme photo de profil sur Facebook.
Elle est accompagnée d'un texte écrit le 7 mars. Juste après sa mort, donc. Le texte de Krousky est celui d'une personne saisie par la mort, une mort qui l'a surpris, un texte dans lequel il expose son amour et la sidération du départ prématuré de Laëtitia.
La photo de Krousky et de Laëtitia a fait ressurgir des émotions ressenties il y a quatre mois, à peu près jour pour pour.

Lza par Laëtitia Petrelluzzi
Sa mort, je l'ai apprise en effet par une photo postée le 6 mars sur le mur Facebook d'Lza que j'avais interviewée peu avant pour le projet de documentaire audio Ceci est mon corps. La série de photo d'Lza par Laëtitia est d'ailleurs parmi celles que je préfère.


J'ai alors vu de nombreux autres témoignages, comme on en voit beaucoup lorsqu'une personne disparait. Ils étaient tous accompagnés de photos de Laëtitia, pétillante, souriante, espiègle, joueuse.

Avant sa mort, j'avais déjà croisé Laëtitia, virtuellement. Passant du temps sur son profil Facebook. Je ne l'avais pas encore contactée, mais j'avais été attiré par elle, par ce qu'elle manifestait, par son insouciance apparente, ses tatouages, son sourire, les crochets placés sur ses bras ou dans son dos pour des suspensions. Alors que j'avais entrepris de faire une histoire de la culture punk, essayant de rencontrer des personnes de diverses générations pour comprendre sa diffusion et ses mutations, son profil s'est affiché comme une sorte d'apparition. Alors que je terminais un travail sur les suspensions, je me disais qu'elle pourrait peut-être me confier son témoignage.

Photo de Krousky
Crochets placés par Be Ju
D'autant qu'elle condensait toutes les pratiques ludiques liées au piercing, au body play... le corps comme terrain de jeu, y compris pour des jeux difficilement compréhensibles pour les personnes qui sont en dehors de ces communautés qui mettent le corps à l'épreuve.


Ce billet est l'expression d'une tristesse pour une personne qui, virtuellement, comptait déjà pour moi, ce qui bien évidemment, peu sembler surprenant.
Tatouage original Punky Tattoo
Tatouage originale Encre Mécanique
Pourtant, ce que j'ai vu d'elle (de sa mise en scène sur Facebook, du réseau relationnel affiché) explosait d'originalité, dans un métissage d'hyper-féminité et de marques punk. Ses tatouages étaient autant de provocations dérisoires à l'ordre du monde, de traits d'humour inscrits sur le corps d'une très jeune femme ayant adopté le "fuck you style".

Elle fait partie des rencontres désormais impossibles. Mais, à sa façon, elle a pris sa place dans l'histoire du corps punk à laquelle je travaille. Elle a montré qu'on pouvait être "une sale petite punk" pleine d'humour et de charisme, et que le corps du punk n'est pas qu'un corps désolé.

Le tumblr de Laetitia Petrelluzzi, filledemauvaisevie



dimanche 28 juin 2015

Pour l'interdiction de Lewis Carroll et contre la décapitation

All the time they were playing,
the Queen never left off quarreling with the other players
and shouting,
"Off with his head!" or "Off with her head!"

Lewis Carroll Alice's adventure in Wonderland

Un homme a tranché une tête en France. Artisanalement. Avec un couteau.
Il a ensuite tenté de rationaliser la barbarie de son acte par un combat politique.
Il a posté une photo de lui, posant en bourreau avec la tête de sa victime, comme les chasseurs ou les pêcheurs devant le cadavre de leurs prises.
Une des questions qui se posent est de savoir comment un homme peut en venir à couper la tête d'un autre homme, froidement, dans la vraie vie, et dans un pays qui ne punit plus les criminels en leur coupant la tête depuis 1981.
Peut-être cet homme s'est-il inspiré de pratiques médiatisées par des assassins multirécidivistes, des hors-la-loi prosélytes.
Aussi, après l'interdiction d'Internet pour éviter que ne s'y propagent des images dérangeantes et des arguments fallacieux, celle de Twitter et de Facebook pour les mêmes raisons, de WhatsApp pour que des malades du même ordre ne puissent diffuser leur crime, je demande à ce qu'on interdise la publication et la diffusion sous toutes ses formes (livre, BD, Dessin animé) d'Alice au Pays des Merveilles dans lequel la Reine ne cesse de réclamer "qu'on lui coupe la tête", dès lors qu'elle rencontre une contrariété. Et ceci pour protéger nos enfants de dangereuses dérives criminelles futures.

lundi 22 juin 2015

La langue des signes: une langue en soie, un corps en mots

Non, non, il n'y a pas de faute d'orthographe dans le titre.
La soie, c’est une étoffe légère, précieuse, qui permet de fixer des couleurs éclatantes. La soie, c’est aussi le poil du cochon ou du sanglier dont on fait des brosses d'une qualité inégalable, d’une douceur ou d’une dureté parfaites selon la manière dont on le travaille, et même, comme c'est le cas des blaireaux à barbe, d'une douceur ferme. La soie, c’est enfin une partie effilée du fer d’une lame d’épée ou de couteau qui permet de la fixer dans son manche.

Dire que la langue des signes est une langue en soie, c’est donc bien sûr un jeu de mots. Elle est d'abord une langue en soi, c’est-à-dire une langue à part entière avec son vocabulaire, sa syntaxe, ses dénotations et ses connotations, reconnue officiellement en France depuis 1991 (seulement).

Elle est aussi une langue en soie au triple sens du mot soie. C'est ce que je me suis dit le jour où j'ai découvert la langue des signes. Le premier aperçu, je l’ai eu lors du festival "Regards d’avril" en 2014, notamment Fleur et Couteau avec Anthony Guyon et Un enfant assorti à ma robe sur un texte de Fabienne Swiatly, interprété par Anne de Boissy et Géraldine Berger. Ce festival de création en langue des signes propose aussi des créations bilingues et mêle théâtre, danse, poésie et ateliers artistiques (le festival se tient les années paires au NTH8).

Et puis cette année, le samedi 20 juin 2015, j’ai été invité à être membre du jury d’un concours de clips de chant signe (ou chansigne) organisé par la compagnie ON/OFF, dirigée par Anthony Guyon, dans le cadre des « Nuits des Hiboux ».
C’est là que j’ai pu voir que la langue des signes est une langue en soie.
De la soie du sanglier, elle peut avoir la douceur et la dureté selon l’intention de celui ou de celle qui parle. De l’étoffe, elle a la souplesse, la finesse, la lumière . Quant à la soie de l’épée? La langue des signes fiche la communication dans la chair, elle l’ancre dans le corps d’où elle tire sa force.
Bref, parler avec son corps, produire et exploiter une langue à partir d’une motricité inventée sans cesse, ça n’est pas rien, d’autant que les nuances son infinies, comme celles d’un ciel.

Alors, le chant signe, c’est quoi? C’est une forme chantée en langue des signes. Une chanson sans le son ou plutôt une chanson avec le son (pour les entendants) et la poésie du texte, la rythmique du corps (pour les sourds). Je ne suis pas sûr d’être très clair, ni très précis, d’autant que parmi les clips visionnés il y a avait des choses très différentes: une chanson de Céline Dion ou bien Happy, le titre planétaire de Pharrel Williams (clip classé troisième, qui met en scène des adolescents de Toulouse), des clips sur les exécutions de Charlie-Hebdo du 7 janvier 2015, un récit d’une dispute conjugale, un clip très musical « Bête de somme », création classée deuxième… Bref, il y avait de tout.
Le classement se faisait à partir de quatre critères: d’abord l’émotion ressentie à la vision du clip, ensuite la qualité artistique du clip (originalité, montage, scénario, photo…), puis la qualité expressive en langue des signes et enfin (si cela était le cas et pour les entendants), le lien avec la musique.
Le jury était doublement paritaire, deux femmes, deux hommes, deux sourds, deux entendants:
les deux femmes: Marie-Emmanuelle Pourchaire, du NTH8 et Emmanuelle Laborit, une des rares star de la communauté sourde, directrice de l’International Visual Theatre (IVT), révélée au grand public pour son rôle dans Les enfants du silence qui lui a valu le Molière de la révélation théâtrale en 1993
les deux hommes, Christian Coudouret qui représentait la Fédération Nationale des Sourds de France
et moi-même, en tant que sociologue travaillant sur le corps, son éducation et ses techniques.
Marie-Emmanuelle Pourchaire, Philippe Liotard, Emmanuelle Laborit, Christian Coudouret
Jury du Clip de Chant Signe, Cie ON OFF, NTH8 2015

Les échanges au sein du jury ont été d’une rare qualité et d’une grande sensibilité. Ce moment a attesté de la capacité que nous avons à nous rencontrer, malgré nos deux langues ou grâce à elles et à ce que chacune d'elles peut dire du monde. Les interprètes sont nécessaires bien sûr. Je suis un analphabète en langue des signes mais la présence des interprètes d'Ex-aequo a entretenu la qualité du dialogue.  Mais ce qui est remarquable, c’est la manière dont deux cultures peuvent s’entendre, au sens fort du terme, dès lors qu’elles s’accostent pour se découvrir.
Emmanuelle Laborit annonce le 1er Prix
devant Philippe Guyon, jupe noire
et Anthony Guyon, jupe rose
(Soirée Tu as pris ta jupe?)



Le jeu sur la langue, le jeu de la langue est ce qui m’a le plus marqué dans la langue des signes: la recherche des manières les plus justes de signer (de dire) quelque chose, l’invention permanente pour créer des nuances, atténuer ou souligner un propos et l’engagement total du corps, au-delà du vocabulaire, par les mimiques, le regard, l’intensité d’un geste, la flexibilité d’un mouvement. Je reviendrai sans doute à tout cela plus tard, à cet apprentissage moteur à vocation exclusivement expressive.
Laëty - Sensass, 1er Prix du clip de Chant Signe, Lyon 2015

Le premier prix a été attribué à Sensass de Laëty que je mettrai en ligne ici dès qu’il sera disponible. Participant au prochain festival Clin d'Oeil à Reims, il n’est pas encore diffusable, mais ça ne saurait tarder.
Pour illustrer ce que fait Laëty, voici Radicale, une vidéo de Thomas Rault dans laquelle elle signe Demain c’est loin, du groupe français de rap I Am, une performance que je trouve époustouflante et qui montre que le chant signe n’est pas le mime, qu’il s’agit d’autre chose qui rajoute de l’émotion... là où il y en avait déjà.
Laëty signe Demain c'est loin d'I AM
Pour voir le travail de Laëty, voir aussi la page où elle rassemble différentes prestations dont Feminem où elle signait avec Delfi Saint Raymond avec laquelle elle a déjà remporté le prix ONOFF du clip de chant signe.

Comme jury, j'ai aussi ressenti l’émotion d’être baptisé et de recevoir « mon signe », celui qui permet à chacun d’être identifié dans la communauté, signe qui a été proposé par Emmanuelle Laborit herself. En un signe, je suis désigné au groupe  et je peux me présenter…
"mon" signe, le voilà: il consiste à rapprocher le pouce et l’index et à venir les placer deux fois de suite sur le lobe de mon oreille droite, un signe qui vient du bijou que je porte, anneau placé à l'horizontale. En langue des signes, je suis un peu The Lord of the ear ring ;-)

mercredi 3 juin 2015

Faites là où on vous dit de faire. Notes sur une expérience de partage avortée

Je rentrais du Conseil pour l'égalité entre les femmes et les hommes de la Ville de Lyon, présidé par Thérèse Rabatel. Le thème du jour était la pauvreté des femmes.
Le Secours populaire, le Secours catholiques, Femmes solidaires, le GAMS, le CIDFF sont intervenues, à la suite de la mission d'observation et d'évaluation de la ville, pour présenter un état des lieux de la pauvreté à Lyon et ses conséquences pour les femmes.
La pauvreté cartographiée
On y a parlé des situations de détresse générées par un retard de paiement de la CAF, de la nécessité de pouvoir retirer juste 5€ au guichet de la poste et de tenir 3 jours avec ces 5 euros..., de ces femmes qui ne vont pas chez le coiffeur, qui ne se maquillent pas, qui ne mangent pas, qui sont encore plus soumises à l'isolement, à la honte, aux violences... parce que pauvres, de celles qui tout en ayant un enfant de moins de trois ans ne trouvent pas d'hébergement...

Puis, en rentrant chez moi, j'ai senti de la colère.

La veille un espace coopératif venait d'être volontairement détruit par les services de la ville, appuyés par les forces de sécurité, CRS, police nationale et police municipale. Après avoir été détruit par des pelleteuses, l'espace a été muré, grillagé, surveillé afin d'en interdire l'accès. Il s'agissait d'un jardin partagé, le Jardin des pendarts, initié par le collectif la Ruche de la Croix-Rousse. Le jardin avait été rénové, avec des bancs, mais aussi des plantations de légumes, des composts, et même... des poules. Tout appartenait à tous. Un peu dans l'esprit du Sous-Commandant Marcos, depuis les montagnes du Chiapas ("Tout pour tous").
Cet espace, était un exemple de ce que l'on peut faire ensemble, au cœur de la ville.

Au conseil de l'égalité, le secours catholique dans sa présentation de la pauvreté à Lyon a pris l'exemple d'une femme de la Croix-Rousse, précisément. Sonia, une femme active, avec une vie sociale et relationnelle riche, mais une femme pauvre, seule avec ses enfants...
Cette même femme qui, peut-être, pouvait jusque là profiter du jardin des Pendarts en venant chercher un oeuf pondu par les poules, une salade, quelques radis; qui pouvait aussi récupérer un tee-shirt ou un pantalon pour ses enfants, parmi les vêtements posés là par celles et ceux qui préféraient les donner plutôt que les jeter; qui pouvait aussi prendre un livre pour elle ou pour ses enfants, les femmes et les enfant pauvres lisent aussi.
Au lieu de cela, cette femme pauvre de la Croix-Rousse pourra passer devant le jardin des Pendarts tous les jours en montant chez elle et voir le double grillage qui a été installé,  les portes murées, les fenêtres condamnées par des plaques métalliques et... le jardin détruit à coup de pelleteuses.

Parce qu'à Lyon, la solidarité ne s'auto-organise pas. Elle se décrète. Elle s'énonce. Elle se discute dans les grands et beaux salons de l'Hôtel de Ville, ceux-là mêmes où nous avons discutés de la pauvreté des femmes... Mais qu'un territoire temporaire de solidarité se crée sur un espace laissé vide, dans un terrain laissé à l'abandon, c'est insupportable.
Que des voisins se réunissent, se parlent, partagent en dehors de la désormais institutionnelle "faites des voisins", que des jeunes du quartier viennent le soir discuter avec les "darons" et se poser dans ce jardin parce qu'ils s'y sentent bien, ça n'est pas supportable dans la métropole qui se déshumanise. Que des lieux de rencontre s'instituent par la simple volonté de celles et ceux que la classe politique appelle à faire leur devoir de citoyen à l'approche de chaque échéance électorale, ça n'est pas acceptable.
Mais surtout que ces initiatives de partages ne gênent pas le voisinage, qu'elles produisent au contraire un espace de quiétude, ça n'est pas tolérable.
D'où la nécessité du recours à la force publique pour nettoyer tout ça afin que le peuple comprenne enfin qu'il faut faire là où on lui dit de faire.

Dans quelques mois, Sonia, la jeune femme de la Croix-Rousse pourra raconter au Secours Catholique qu'elle passe désormais chaque jour devant un immeuble flambant neuf, dans lequel elle ne pourra jamais vivre et à la place duquel, naguère, se trouvait un jardin où elle venait cueillir des radis bleus.



"La consigne, c'est la consigne, bonsoir"

Le Jardin des Pendarts
Volontairement détruit puis grillagé