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Affichage des articles du 2016

Le monde-corps et les 10 personnes les plus

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Quelques mots tapés à la va-vite sur un clavier sont autant de gouttes dissoutes dans l'océan. Aujourd'hui comme hier, sur ce blog comme ailleurs.
Ces traces qui s'affichent sur un écran, circulent sur les smartphones, s'impriment pour être lues plus tard ou conservées, ces tracent numériques qui se copient-collent... contribuent à l'élaboration du grand livre du monde, un grand livre auquel tout le monde contribue, de n'importe quel lieu, à n'importe quel moment, dans n'importe quelle langue et selon n'importe quel niveau de maîtrise de cette langue.
Jamais le monde en train de se faire n'a été aussi accessible à tous (ou presque). Accessible, mais pas forcément lisible:
Tout ce qui se fait quelque part peut-être exposé, discuté, jugé dans l'instantanéité de sa production.
Des humains s'exhibent, d'autres sont exhibés.
Des hommes et des femmes se montrent, d'autres sont captés par un téléphone, une caméra, un appareil photo et …

Caster Semenya 800m catégorie femmes.

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Écrire sur Caster Semenya aujourd'hui, en 2016 ne devrait plus avoir le moindre intérêt. Ou à la rigueur, on pourrait  raconter l'histoire de cette petite fille noire, élevée dans un village démuni du Nord Transvaal, au nord de l'Afrique du Sud où elle joue avec les autres enfants et où elle court vite, très vite, si vite (plus vite que Kirikou) qu'elle est repérée et orientée vers l'athlétisme.
C'est le genre d'histoire qui plaît aux médias: la petite fille pauvre, noire, dont les parents ont connu l'Apartheid, la fée qui se penche sur son berceau et la petite fille qui échappe à son destin à force de travail, d'effort, de sacrifices, qui réussit au plus haut niveau en allant gagner l'or aux championnats du monde, dont le mérite est d'autant plus grand qu'elle est venue de rien, ou presque rien... Une métaphore de la vie dans un contexte compétitif cruel, impitoyable: Voyez ce que permet le sport et tout le tralala.

Princesse sans eau

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Princesse ouvre doucement la portière. Tout le monde dort encore dans la voiture. Elle descend et la repousse doucement sans la claquer pour ne réveiller personne. L’air est encore frais. Le soleil est déjà levé mais ses rayons n’ont pas encore franchi la colline. Dans une heure, quand il commencera à taper sur les vitres il sera impossible de dormir, malgré les cartons posés sur le pare-brise.

Princesse va à la fontaine. Elle tourne le robinet, rien ne coule. Elle va un peu plus loin dans le parc, s’accroupit et pisse sur l’herbe jaune. Elle revient à la voiture de son pas d’enfant mal réveillé. Elle marche, seule, sur le trottoir, longeant les voitures où dorment les familles.

Putain de camion. Pour Nice et ses enfants

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Nice 14 juillet 2016, c’est la fête.
On est en bord de mer.
C’est le soir du feu d’artifice.
On vient de partout pour le voir.
Les enfants se couchent tard ce soir. Ils sont excités. Fatigués aussi. Les plus petits sont au bras. Têtes levées vers le ciel. Mains sur les oreilles, y fait du bruit le feu d’artifice.

C’est une magie inquiétante ces explosions lumineuses. D’abord il n’y a rien. Le ciel est noir. Peut-être la lune. Puis un sifflement et les étoiles qui se dispersent, des étoiles de toutes les couleurs en bouquets, en cascades, en zigzag…

C’est le soir des enfants. Avant il y a eu la glace ou les frites, la promenade sur la plage la nuit. L’inquiétude aussi de se perdre. Ne me lâche pas la main. Reste ici. Si on se perd on se retrouve devant… on ne se perdra pas.
La lenteur, les sourires, les corps détendus, les amoureux qui se serrent, têtes levées vers le ciel.
Les grands-parents qui rêvent leur enfance avec leurs petits-enfants, leurs enfants, les générations qui se retr…

L’État matraquant la Liberté de dessiner - Réflexion autour d'une fresque de rue

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Charlie-Hebdo: "un journal qui avait le souci de l'indépendance et de la liberté parfois jusqu'à l'impertinence"
Bernard Cazeneuve, Ministre de l'intérieur, Cérémonie des vœux à la presse du 28 janvier 2018

Les dessins de Goin sont politiquement incisifs. Et c’est bien le problème.
Ils soulèvent une adhésion ou un rejet immédiats.
Pour le dire simplement, Goin est bon. Et ça claque.
Ils s'attaque – à la peinture – aux pouvoirs économique et politique dont il raille l'interdépendance.
Il peint les murs nus pour faire tomber ceux de l'injustice et de la domination.
Il dénonce aussi avec de la couleur les effets mortifères du nucléaire.



Ils se moque avec une impertinente pertinence des hommes politiques.




Il dénonce les discours dominants, leur futilité et leur hypocrisie, les rapports de pouvoir et les illusions médiatiquement orchestrées comme ici le spectacle du football ou les enfants-soldats.

C’est un artisan de la bombe… de peinture.
Un pirate…

La société footballitaire: Sécurité, Autorité, Marché

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TGV Montpellier-Lyon, début d'après-midi, samedi 25 juin 2016. Le train circule avec du retard. Je me rends au bar pour acheter un sandwich. Le bar est presque vide. Rien, ou presque, n'est exposé sur le zinc. Juste quelques canettes de soda et de l'eau. Pas de bière, pas de vin, pas de mignonnettes d'apéritif. Je demande au barman s'il y a eu un problème de livraison. Il me répond:
"On n'a pas le droit de vendre de l'alcool pendant l'Euro [de football]
C'est n'importe quoi, de toute façon, ils [les supporteurs] viennent avec leurs provisions [d'alcool]"

Le barman a l'air très contrarié.
Je retourne m'asseoir, sans manger et sans boire.
Perplexe.

Je pense aux interdictions prises le 13 juin par le préfet de Lyon d'interdire la vente d'alcool à emporter dans la ville pour éviter les "débordements" de supporteurs, décision prise suite aux violences qui se sont produites deux jours plus tôt à Marseille en déb…

Muhammad Ali corps insoumis

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Ali est mort. The Greatest is dead.
Soixante-quatorze ans… Peu surprenant.
C’était un vieil homme, fatigué par la maladie.
Tremblant, murmurant, aux mouvements restreints.

En 1996,  déjà, j’avais pleuré de cette image d’Ali affaibli. C'était pour les Jeux olympiques d’Atlanta.
J’ai pleuré lorsque je l’ai vu s’avancer, flamme olympique à la main, portée à bout de bras, tremblant, dos voûté, s’avançant à pas comptés. Une flamme qui paraissait si lourde pour lui ancien champion du monde des lourds.

J’ai pleuré de le voir si faible mais surtout rattrapé par l’ordre sportif, lui, l’insoumis, utilisé comme symbole par la multinationale qu’est le Comité International Olympique (CIO).
Mes pleurs (incompréhensibles, de ces pleurs qui vous saisissent par surprise) étaient des pleurs de rage et de tristesse.


La tristesse venait de son corps altéré par Parkinson, épuisé de trop de coups reçus. Ce corps de déjà vieillard était en rupture totale avec les images de ce jeu de jambes flamboyant q…

Surveiller et frémir

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Les attentats de Bruxelles, après ceux de Paris, de Londres, de Madrid ne cessent de pousser nos sociétés vers le désir sinon l'attente  de la surveillance totale.
Chaque attentat qui se passe sur le sol européen ou américain rappelle la vulnérabilité de tous, la fragilité de chacun devant les frappes d'hommes armés et déterminés à tuer, là où personne n'est en mesure de se défendre. Il ne s'agit plus d'informations exotiques venues de pays en guerre.
Attaquer des écoles, des universités, des centres commerciaux, des théâtres, poser des bombes sur des marchés, dans les métros ou dans les bus, mitrailler les terrasses des cafés, est une tactique certes lâche mais aisément importable et Ô combien efficace.
Devant l'exposition à ce risque insaisissable les autorités préconisent une surveillance généralisée. Face aux salauds en armes, les populations n'ont pas d'autre alternative que de la réclamer ou de se terrer.

Pourtant, les caméras de surveillance, le…

De la vulnérabilité des femmes en temps de guerre

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Le viol dit « de guerre », n’est pas une nouveauté.

De nombreux travaux d’histoire ont rendu compte de la manière dont les soldats « se servaient », une fois un territoire conquis: la prise forcée des femmes après celle de la ville. Les crimes de guerre japonais comme les viols américains durant la Seconde Guerre mondiale sont désormais bien documentés.
Plus près de nous, les viols systématiques durant la guerre des Balkans, en République Démocratique du Congo et dans quasiment tous les conflits contemporains donnent lieu à des recueils de faits circonstanciés opérés le plus souvent pas des ONG.

Il n’est donc pas nouveau de parler de ces viols de guerre dans la presse .

La couverture du Time du 21 mars 2016 fait pourtant polémique malgré sa volonté de dénoncer ces violences ordinaires faites aux femmes.
Elle présente, de profil, le ventre proéminent d’une jeune femme de 18 ans, Ayak, enceinte de neuf mois suite à des viols multiples réalisés par des soldats qui l’ont également contamin…

Revue Corps, le corps du rock

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Le numéro 13 de la revue Corps publie deux dossiers dont "Le Corps du Rock" que nous avons dirigé avec Luc Robène.
Le second dossier intitulé "Arts immersifs" a, quant à lui, été coordonné par Anaïs Bernard et Bernard Andrieu.

Je dirai juste deux mots sur "Le Corps du Rock".
D'abord, il s'agit de réflexions à comprendre comme un point de départ à une réflexion plus large sur ce que le rock a généré dans le rapport au corps de plusieurs gnénérations depuis une soixantaine d'années.
Comme nous l'écrivons en introduction, "le rock a révélé le plaisir d'investir un corps remuant, pulsionnel, maquillé, tatoué ou percé, gouverné par l'absence apparente de limites et la revendication à jouir selon des modes d'expression loin des convenances, quitte à perdre sa vie dans les excès" ou, pourrions-nous conclure aujourd'hui en se rendant au concert au Bataclan.
Car ce corps jouissif du rock, ce corps remuant et communiant da…

le corps Alien de Bowie

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Après Lemmy, Bowie. Une autre icône du rock s'en est allée.
Et quelle icône!
Dans mon billet sur Lemmy, j'en faisais le corps du rock. Un corps du rock parmi d'autres mais qui incarnait la virilité rock dans sa manière de jouer comme dans sa manière d'être et de parler.
Un corps érotique aussi, dont l'érotisme venait précisément de cette manière de se camper sur scène, cheveux aux vents, voix rauque crachant dans le micro au-dessus, la basse en érection.
Un corps brut. Quasiment inchangé si ce n'est par l'âge puis la maladie.
Tout le contraire de Bowie au corps souple et fin, androgyne, transformé tout au long de sa carrière. Un corps modifié, transformé, un corps de mutant, un corps d'alien. Un corps qui annonçait ce qui pouvait advenir au corps lorsqu'on saurait conquérir les poussières d'étoile avec Ziggy, un corps de rebel rebel.

C'est ce corps qu'Helen Green a utilisé pour réaliser ce remarquable Gif qui anime les visages des époqu…