Pistorius: sans jambes aux Mondiaux d'athlétisme

Oscar Pistorius en course
Pour la première fois, un athlète handicapé, double amputé tibial et courant avec des prothèses, pourra s'aligner dans une compétition internationale officielle d'athlétisme.
Pour la première fois, en effet, Oscar Pistorius a réalisé les minimas qui lui permettront de participer aux Championnats du Monde d'Athlétisme, qui se tiendront cet été à Daegu, Corée du Sud du 27 sept au 4 sept 2011.
En courant le 400 m en 45"07 au meeting de Lignano, en Italie (voir la vidéo), il a non seulement emporté la finale devant des athlètes valides, mais également abaissé son record. Compte tenu du temps qu'il a réalisé, il est même désormais en mesure de courir pour l'Afrique du Sud aux Jeux olympiques de Londres en 2012.

Cette réalité a failli ne jamais être possible, car dans un premier temps, l'IAAF, la fédération internationale d'athlétisme, avait interdit à Oscar Pistorius de participer à des compétitions "valides", au prétexte que son handicap lui assurait un avantage par l'usage des lames de carbones utilisées comme prothèses
Pour cela, la fédération s'était appuyée sur une étude produite par Peter Brüggemann de l'Université des Sports de Cologne, pour conclure au fait que les avantages obtenus en course par l'usage des prothèses allaient au-delà de la simple compensation du handicap. Le 14 janvier 2008, dans un communiqué, l'IAAF concluait: "Après l’étude attentive du rapport, le Conseil de l’IAAF a décidé que les prothèses connues sous le nom de «cheetahs» doivent être considérées comme une aide technique et de ce fait, sont clairement en désaccord avec la règle 144.2 de l’IAAF. En conclusion, Oscar Pistorius ne sera pas autorisé à participer aux compétitions régies par les règles de l’IAAF". L'intégralité du communiqué ici.
Oscar Pistorius présente sa prothèse
Le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), saisi par Pistorius invalide pourtant cette décision. L'IAAF, contrainte de se soumettre à son jugement considère finalement le 16 mai 2008 que: "en l'état des connaissances scientifiques actuelles, il n'était pas possible de prouver que M. Pistorius détenait un avantage en utilisant ses prothèses." En conséquence, son président Lamine Diack lui souhaitait la bienvenue dans les compétitions de l'IAAF. (le communiqué intégral, ici)

La règle sur laquelle s'est appuyé l'IAAF pour exclure dans un premier temps Oscar Pistorius avant de se soumettre à la décision du TAS est la suivante: "L'utilisation de tout dispositif incluant des ressorts, des rouages, ou tout autre élément qui confère un avantage à un athlète par rapport à celui qui n'en utilise pas". Cette règle justifie la ségrégation réglementaire qu'opère la fédération internationale d'athlétisme, interdisant, de fait, à toute personne handicapée appareillée de participer à une compétition. Sauf que la question de l'avantage est au centre du débat. Là où un débat éthique devrait se tenir, l'IAAF s'en tient à des considérations réglementaires.

Le corps appareillé de Pistorius interroge, au-delà des règlements sportifs, les limites du corps et les potentialités d'un mariage entre la chair et le métal, entre l'organisme et la machine. Il préfigure une société dans laquelle les bio-technologies seront en mesure non seulement de "réparer" le corps, mais aussi d'en faire un outil bien plus performant que ce qu'il est aux plans anatomiques et biologiques.

L'usage des prothèses tend à rendre caduc celui du fauteuil. L'image de Pistorius, en compagnie de la petite Ellie, âgée de 5 ans, montre toutes les perspectives offertes aux personnes nées avec de graves malformations des membres inférieurs. Ce type de prothèse permet bien plus que d'accéder à la station debout et autorise les enfants à "suivre" leurs camarades dans leurs déplacements. L'amputation, dans certains cas, peut même devenir préférable au poids mort que représentent des membres atrophiés, comme l'a expliqué Aimee Mullins dans une vidéo retraçant sa vie et que je trouve très émouvante lorsqu'on la voit enfant (Vous pouvez aussi consulter des conférences données par Aimee Mullins, comme: How my legs give me superpower, "comment mes jambes me donnent de super pouvoirs" ou encore The opportunity of adversity).

Sur son site, à l'instar de Rohan Murphy, Pistorius donne à lire une maxime sur le handicap: "You're not disabled by the disability you have, you're able by the abilities you have", que je traduirai par "Vous n'êtes pas handicapé par le handicap que vous avez, mais vous êtes capable grâce aux capacités qui sont les vôtres"

Mise à jour du 27/07/2011:
Un article de Jérémie Tune sur Rue 89:
Pistorius, le cyborg qui dérange les fédés d'athlétisme

Dans l'Equipe du 22/08/2011: Pistorius: "Appréciez-moi comme un humain", une interview de Jérôme Cazadieu qui, après le double page sur les violences sexuelles dans le sport (l'Equipe du 9 juin 2011), souligne sa capacité à traiter de sujets importants, au-delà de la chronique sportive. La longue interview d'Oscar Pistorius permet en effet de nuancer certaines idées reçues sur le handicap et d'alimenter le débat éthique sans tomber dans l'illusion de "l'éthique sportive".

Dans le Monde, c'est Pierre-Jean Vazel qui commente la présence de Pistorius dans son article du 27/08/2011: Le cas Pistorius, question scientifique ou question éthique

Avec les championnats du monde, le billet de Patrick Montel du 20/07/2011 (le joli pied de nez d'Oscar) est mis au goût du jour.

Après les championnats du monde d'athlétisme, Oscar Pistorius annonce sa volonté de participer à la fois aux Jeux olympiques et aux Jeux paralympiques de Londres (voir ici). Ce choix contribue à bousculer le modèle sportif basé sur l'exclusivité de la référence au plus haut niveau des valides...

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