vendredi 20 avril 2012

Adolescente violée: de Montpellier à l'Afrique du Sud

Demain, samedi 21 avril 2012, une marche blanche est organisée pour Léa, à Montpellier, afin que son violeur et meurtrier présumé (Léa a été tuée à 17 ans, durant la nuit du réveillon du 1er janvier 2011) soit "logiquement" jugé et que les déclarations qu'il a faites durant sa garde à vue ne soient pas annulées, en raison de la dimension rétroactive de la réforme sur la garde à vue. (Je vous invite à consulter la page facebook pour le détail et les enjeux de l'affaire).
Je me rendrai à cette marche, d'abord pour soutenir ses parents, sa famille et ses ami-e-s. Mais j'irai aussi car ce qui se joue pour le procès du principal suspect (qui a avoué le viol, le meurtre et donné des détails très précis aux enquêteurs avant de déclarer aujourd'hui ne se souvenir de rien) pose comme question centrale la justesse de l'instruction et la justice rendue par la condamnation.
Certes, je ne suis pas juriste. L'avocat de la défense, pour sa part, joue sur des éléments de procédure pour faire annuler les éléments obtenus en garde à vue. Il fait son boulot d'avocat. Néanmoins, je serai aussi à la marche parce que ce qui est arrivé à Léa et surtout la stratégie mise en oeuvre par la défense correspondent à une vision du monde dans laquelle les violences faites aux femmes tendent encore à être niées.
Or, un procès dans lequel les faits sont jugés sans être atténués par une argumentation tendant à rejeter "la faute" sur la victime (elle était en jupe, ou elle l'avait embrassé ou ils avaient dansé ensemble, ou, etc.), y compris du côté de la défense, serait un procès progressiste. Un avocat qui chercherait à défendre un client violeur en cherchant à atténuer la peine encourue à partir de son client (il avait bu, il n'a pas compris, il était solitaire, c'était un enfant violé lui-même, etc.) au lieu de "charger" la victime serait déjà un avocat qui ferait preuve d'une posture éthique et respectueuse.
Mais ça n'est pas seulement pour cela que j'irai à la marche.
C'est aussi parce que je me retrouve démuni face à cette culture masculine de la violence qui fait du viol un moyen "légitime" d'obtenir du plaisir par l'utilisation forcée du corps d'autrui.
Certes, tous les hommes ne sont pas des violeurs. Mais le fait même de concevoir la possibilité de "prendre" l'autre de force s'inscrit dans un imaginaire masculin dans lequel la violence et le rapport de force peuvent contribuer à l'affirmation de soi "en tant que mec" (D'ailleurs, dans sa garde à vue, le meurtrier présumé à dit avoir connu un problème d'érection qui l'aurait mis en colère... et l'expert psychologue qui l'a entendu a noté un "problème de virilité", selon le Midi-Libre du 31/03/2011).

Au moment où je m'apprêtais à écrire ce message à propos de Léa, je suis tombé sur l'information relayée par Le monde: Le viol d'une adolescente scandalise l'Afrique du Sud. La lecture de l'article – qui rapporte une histoire sordide de rapt, séquestration et viol en réunion d'une jeune fille de 17 ans également par des hommes de 14 (!) à 20 ans – pose à son tour la question de la justice et la difficulté à faire appliquer le droit en Afrique du Sud où la culture de la violence dépasse notre entendement (j'entends pas "culture de la violence" l'acceptation voire la valorisation de la violence comme un moyen nécessaire à l'obtention d'un certain nombre de biens, parmi lesquels se comptent les femmes, à la résolution des conflits ou aux interactions entre individus. Cette culture fait de la violence physique un élément normal de la relation à autrui qui oriente les manière d'agir. Voir l'article de Charlene Smith dans le Monde diplomatique: "La jeunesse sud-africaine face aux violences sexuelles" qui pose une question majeure en tête d'article: "Par quels détours de l'imagination des adolescents confrontés à la ravageuse épidémie de sida parviennent-ils à se convaincre qu'un rapport sexuel imposé est “normal”?").
La culture de la violence, s'apprend donc, ce qui explique la jeunesse de nombreux violeurs, tout comme elle s'exerce également sur de jeunes victimes (la majorité des viols ont lieu sur des jeunes de 12 à 17 ans selon l'article du Monde).
Les "viols correctifs" qui sont exercés collectivement sur les lesbiennes afin de "les redresser" participent également de cette culture, dans la mesure où toute culture véhicule des normes. Violer des lesbiennes pour "les ramener dans le droit chemin" s'inscrit dans cette culture masculine guidée par l'hétérosexisme, et selon laquelle les femmes sont "faites" pour se marier, avoir des enfants... et satisfaire... les hommes.
(voir Afrique du Sud, une victime de viol correctif témoigne et le reportage, "Des lesbiennes violées pour leur faire aimer les hommes" issus de Tétu, et un extrait du documentaire diffusé sur Arte, "Quand le viol est correctif")

Dans les deux cas, celui du viol et du meurtre de Léa, comme dans cette histoire de la jeune fille de Soweto, le viol indique comment s'affirme la virilité.
Lorsque des hommes kidnappent une adolescente pour la violer, c'est parce qu'ils ne la considèrent pas comme leur égale ni comme une personne mais comme un bien qu'il peuvent s'octroyer. Lorsque des hommes violent des lesbiennes "pour leur faire aimer les hommes", c'est parce qu'il leur est insupportable de ne pas exister pour des femmes, en tant qu'hommes. Lorsqu'un homme est à ce point blessé par une absence d'érection qu'il en vient à frapper sa partenaire parce qu'il imagine qu'elle je le juge, c'est parce qu'il ne supporte pas de ne pas se sentir homme.
Bref, malgré la distance (géographique et culturelle) entre Montpellier et l'Afrique du Sud, ce qui marque, c'est le fait que ces violences sont non seulement pensables mais possibles et que, tout en étant proscrites, tant en France qu'en Afrique du Sud, la justice de ces pays peine à les traiter à la hauteur de leur gravité.

Epilogue: Le 21/11/2014, Gérald Saureau a été condamné à la perpétuité avec une peine incompressible de 20 ans.

Pétition en ligne pour que le procès du violeur et meurtrier présumé de Léa soit jugé, à ce jour plus de 11000 signatures

Pétition en ligne contre le "viol correctif" en Afrique du sud. à ce jour près de 950 000 signatures

lundi 16 avril 2012

Les enfants dyspraxiques et les compétences du futur

Ce billet comporte juste un lien vers un article consacré aux adaptations proposées pour permettre aux enfants "dys" (notamment ceux qui sont touchés par une dyspraxie) de s'adapter en milieu scolaire ordinaire. J'y ai été interviewé avec Jean-Marc Roosz, président de l'association Ecole2demain.

L'idée générale consiste à mettre en évidence que ces enfants – quasiment inéluctablement condamnés à l'échec sans adaptation spécifique – développent des compétences qui sont celles qui seront demandées à tous les autres... demain.

L'usage du numérique fait d'eux des enfants capables de s'adapter à de nouvelles formes de travail, alors que l'institution scolaire peine à s'approprier tant le numérique que ses perspectives pédagogiques et créatrices...
A lire sur ActualiticeLes enfants « dyspraxiques », poissons-pilotes du numérique ?